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Ian Manook : Le Pouilleux massacreur

Le Pouilleux massacreur   par  Ian Manook.

La Manufacture de Livres (2024) 315 pages ; Pocket (2025) 320 pages.

 

 

Ian Manook m’a déjà fait beaucoup voyager grâce à des lectures passionnantes m’emmenant en Mongolie (Yeruldelgger, Les temps sauvages, La mort nomade), ou en Islande (Heimaey, Askja, Krummavisur, À Islande), mais aussi sur les Terres du nord-est du Canada (Ravage), en Arménie pour son histoire familiale (L’oiseau bleu d’Erzeroum, Le chant d’Haïganouch) et même dans les steppes d’Asie de l’ex-Urss (Aysuun).

 

 

Cette fois-ci, avec Le Pouilleux massacreur, sorte de jeu de cartes pouvant dégénérer car très apprécié par la bande du Baltimore, Ian Manook (photo ci-dessous) me ramène… en France, au début des années 1960. La période est très trouble, agitée, avec la fin de la guerre d’Algérie, l’OAS, l’extrême-droite, des manifestations et la répression féroce de la police.

 

 

C’est Sorb, surnom donné par ses potes parce qu’il est en fac, Sorb pour Sorbonne, qui raconte. En réalité, il s’appelle Mathieu Simonian et son père est d’origine arménienne comme la famille de Ian Manook, à l’état-civil Patrick Manoukian.

 

 

Sorb est donc le plus instruit de la bande. Figos (Figueras) est son meilleur ami. Ils aiment se retrouver, se défouler avec d’autres comme Chinois, Bibic, Santo, Laurent et Annie, la seule fille. Quand ils ne jouent pas au Pouilleux massacreur, ils chourent (volent), font des bastos, des bagarres souvent violentes et fument tout le temps. En plus, ils volent des voitures pour se déplacer ou, tout simplement, pour frimer.

 

 

Sorb habite chez ses parents à Meudon-la-Forêt et Ian Manook en profite pour nous faire prendre conscience de l’expansion des banlieues avec des descriptions soignées, imagées, jamais lassantes, comme il en a l’habitude. D’ailleurs, l’auteur est né à Meudon et son roman pourrait bien avoir des accents autobiographiques.

 

 

Hélas, tout a commencé avec un prologue dramatique. Une pauvre femme a été retrouvée dans la rue, le visage fracassé. Pas de vol, pas de viol. Alors, le commissaire Martineau intervient pour tenter de trouver le coupable et expliquer ce meurtre révoltant.

 

 

Depuis le Baltimore, ce bar leur servant de QG, la bande se révèle solidaire mais cela aura des limites. De son écriture directe, lapidaire, Ian Manook enchaîne les chapitres, quarante au total. Il reprend une habitude qui lui est chère, titrer chacun d’entre eux avec les mots qui vont le clôturer. Sorb raconte et Sorb me fait souffrir, moi qui aimerait tant, comme ses parents, qu’il se consacre à ses études et cesse de fréquenter ces voyous qui l’entraînent dans des aventures de plus en plus risquées, mais sans cela, il n’y aurait pas de roman…

 

 

La guerre d’Algérie n’est pas terminée et l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète) ne recule devant rien pour obliger de Gaulle à renoncer à accorder l’indépendance aux Algériens. De nombreux travailleurs ont traversé la Méditerranée pour bosser sur des chantiers et dans les usines. Le racisme est bien virulent comme un triste épisode le montre.

 

 

La description très réaliste des banlieues montre tous les ravages causés par l’expansion urbaine. Ian Manook donne au passage d’intéressantes références historiques. Chaque fois qu’il présente une scène, qu’elle soit à l’intérieur ou à l’extérieur, c’est précis, évocateur ; on y est, on vit l’action. Le Pouilleux massacreur est un roman réaliste qui met en scène les bourges, les prolos, les putes, les Arabes, la police, mais il y a aussi, bien présents, l’humour et la chanson avec cette famille  et ce père extraordinaire.

 

 

Il faut tout de même que je parle du grand amour de Mathias (Sorb), Kathie, fille de bourgeois. Ils s’aiment très fort tous les deux, nous offrant quelques scènes torrides. Il y a aussi Rolande, la pute au grand cœur si précieuse pour Sorb, la semaine passée à Creil chez ses grands-parents, mais ce Figos est toujours là et l’entraîne dans tous les mauvais coups.

 

Sorb veut devenir journaliste, se laisse séduire par un certain Robillard, personnage peu fréquentable. Il découvre les lieux de débauche où se rencontrent hommes politiques et patrons.

 

Je n’oublie pas les scènes terribles de la manifestation pacifique organisée par le Parti communiste, la CGT, le PSU et l’UNEF pour protester contre les agissements de l’OAS, manif réprimée par 2 500 flics chargeant aveuglément la foule. De Gaulle avait donné carte blanche au préfet Papon

 

Enfin, il fallait bien aller vers des terres lointaines et Ian Manook m’emmène en Afrique, dans un Congo déchiré par des guerres civiles dont les belligérants sont alimentés en armes et munitions par des Européens sans scrupules.

 

 

Du réalisme à l’exotisme, d’amour filial en dévouement paternel, d’épisodes historiques en scènes très intimes, Le Pouilleux massacreur est un roman dense, passionnant, excellent témoin d’une période pas si lointaine qui trouve encore des résonnances aujourd’hui.

Jean-Paul

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Apparemment une fois de plus un auteur qui sait nous séduire ! J'aime beaucoup ses romans moi aussi
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