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Yanick Lahens : Passagères de nuit

Passagères de nuit    par  Yanick Lahens.

Sabine Wespieser (2025) 223 pages.

Grand Prix du Roman de l’Académie française 2025.

 

 

 

 

Lire Yanick Lahens, autrice que je découvre avec Passagères de nuit, est un immense plaisir. Son écriture est à la fois poétique et réaliste. De plus, elle apporte beaucoup d’informations sur Haïti où elle habite.

 

 

Là-bas, les dégâts causés par l’esclavage et la colonisation n’ont jamais complètement disparu et sont pour beaucoup dans la situation actuelle de cette partie de l’île d’Hispaniola, l’autre étant la République Dominicaine. Surtout, il  ne faut pas oublier qu’Haïti a été le second État du continent américain à proclamer son indépendance, après les États-Unis, en 1804.

 

Divisé en deux parties, Passagères de nuit m’emmène d’abord à La Nouvelle-Orléans, dans le quartier du Nouveau Marigny et c’est Elizabeth Dubreuil qui raconte. Elle parle de sa famille prise dans les filets de l’esclavage et ses conséquences. Nous sommes au début du XIXe siècle.

 

L’écriture de Yanick Lahens (photo ci-contre) m’emporte comme un torrent impétueux. Elle livre de judicieuses réflexions sur le mélange des langues en Louisiane avec le créole de St Domingue, le français et cet anglais qui s’impose de plus en plus.

 

Florette Dubreuil, la grand-mère, raconte ce qu’elle a vécu : l’esclavage, la traversée en fond de cale depuis l’Afrique, le royaume du Dahomey, les hommes d’équipage qui violent les femmes. Elle avait 7 ans et a vu sa mère se faire violer durant la traversée. La description est crue, réaliste, révoltante et je n’avais jamais lu pareil récit.

 

 

Une fois débarquée dans les Caraïbes, l’horreur se perpétue. Ces femmes et ces hommes sont traités comme des objets que l’on achète et revend. Les sévices commis  par les colons n’ont pas de limites même s’il arrive qu’ils affranchissent certains. Esclave en Haïti, la grand-mère d’Elizabeth a dû suivre son maître qui l’avait affranchie,  pour s’installer près de La Nouvelle-Orléans.

 

 

Hélas ou peut-être par chance, l’équilibre trouvé par Elizabeth qui a 17 ans, est rompu par un événement que je vous laisse découvrir. Rapidement, elle doit embarquer pour Haïti et c’est la fin de la première partie.

 

 

Dans l’entretien que Yanick Lahens a accordé aux Correspondances de Manosque 2025, elle a révélé qu’Elizabeth est sa bisaïeule et que Régina, l’héroïne de la seconde partie, est son arrière-grand-mère. Bien que n’ayant pas connaissance de tous les détails de la vie de ces deux femmes, elle a fait œuvre de romancière, utilisant avec brio la fiction pour les faire revivre.

 

 

Dans le long prologue de la seconde partie, je suis désorienté par cette nouvelle narratrice qui vit dans le village de Nan Galèt, loin de Port-au-Prince. Elle est conduite par sa mère jusqu’à la ville pour entrer au service de Mme Mérisier qui la maltraite aussitôt.

 

 

Ici, Yanick Lahens met en évidence l’absence de solidarité entre les Noirs puisque les Mérisier auraient dû être de bons protecteurs pour la petite Régina. Hélas, voulant s’affirmer dans la bourgeoisie locale, Mme Mérisier a embauché la petite et la traite comme une esclave.

 

 

C’est en plein carnaval, sous son « mouchoir-ciel » que Régina prend la fuite et livre des confidences extraordinaires d’une sincérité émouvante, bouleversante.

 

 

Depuis le prologue, elle répète souvent « Mon général, mon amant, mon homme »… L’énigme est enfin résolue avec l’arrivée spectaculaire de Léonard Corvaseau, une arrivée qui résout une seconde énigme à découvrir en lisant Passagères de nuit.

 

 

J’ajoute qu’un glossaire, en fin d’ouvrage, donne d’utiles traductions aux mots créoles rencontrés dans le texte. Quand Yanick Lahens utilise une plus longue formule, la traduction est immédiate, même si, en essayant de prononcer à haute voix ce qui est écrit permet souvent d’en comprendre la signification.

 

 

Yanick Lahens mène Passagères de nuit jusqu’à son terme avec toujours autant de délicatesse et de réalisme, insère une lettre venue de Louisiane, une lettre si belle et si juste.

 

 

Jusqu’au bout, la souffrance et la mort de ces Passagères de nuit provoque une immense émotion. Ce livre est un formidable hommage aux femmes de là-bas. Il affirme la puissance de l’intime, la force de ces femmes qui, pour se réapproprier leur corps battu, violenté, exploité, mutilé, savent danser les « calendas », danse apportée d’Afrique par les esclaves noirs.

 

 

Passagères de nuit était en lice pour plusieurs prix littéraires. Heureusement, le Grand Prix du roman de l’Académie française lui a été décerné, récompense amplement justifiée.

 

Jean-Paul

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M
Magnifique livre mais vraiment difficile par moment<br /> Quelle belle écriture
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D
J'aime beaucoup cette autrice, qui nous parle toujours et si bien de cette île découverte grâce aux divers auteurs haïtiens que j'ai pu lire
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