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Annette Wieviorka : Le procès de Nuremberg

Le procès de Nuremberg   par  Annette Wieviorka.

Liana Levi/Piccolo (2025) 292 pages.

 

 

 

 

Dans l’essai Le procès de Nuremberg, Annette Wieviorka, historienne, directrice de recherche honoraire au CNRS, spécialiste de la Shoah et de l’histoire des Juifs au XXe siècle, s’est appuyée sur les minutes du procès et des témoignages pour nous proposer une synthèse du grand procès de Nuremberg, cet événement majeur de l’histoire du XXe siècle, où, pour la première fois, les plus hauts responsables d’un État ont été traduits devant une cour de justice internationale et jugés.

 

 

Elle revient sur les préparatifs du procès, comment est née l’idée de faire ce procès.

 

 

 

Elle explique comment, durant la guerre elle-même, a pris corps dès le 13 janvier 1942, à Londres, l’idée d’un procès international, comment à la fin de cette même année, est mentionné pour la première fois explicitement le massacre des Juifs et comment en octobre 1943, les choses vont s’éclaircir avec la création et la mise en place à Londres d’une Commission des crimes de guerre des Nations unies.

 

 

Commissions, conférences se succèdent donc, et quand la guerre entre réellement dans sa phase terminale, les choses se précipitent et la nécessité d’un procès est acceptée par tous plutôt que des exécutions sommaires. Le président Truman charge Jackson de la préparation du procès. Celui-ci, juge à la Cour suprême depuis 1941 est nommé officiellement le 2 mai 1945, procureur général.

 

 

Ce sera seulement au cours de la conférence de Potsdam (photo ci-dessus) que Staline se ralliera aux positions américaines en acceptant que le « complot » fasse partie des chefs d’accusation avec crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, et que le procès se tienne à Nuremberg, dans la zone d’occupation américaine.

 

 

Est élaboré donc, le Statut du tribunal et les quatre délégations réunissent les preuves, rédigent l’acte d’accusation et établissent la liste définitive des accusés. 

La séance inaugurale du procès se tient à Berlin le 18 octobre 1945 et un mois plus tard, le 20 novembre 1945, « ce procès unique dans les annales du droit mondial » s’ouvre vraiment à Nuremberg.

 

 

Annette Wieviorka (photo ci-dessus) transcrit avec précision l’ouverture du procès puis son déroulement.

 

 

Des 24 accusés initialement sur l’acte d’accusation, ils ne sont que 21 présents dans le box, tous se déclarant non coupables, ou non coupables au sens de l’acte d’accusation. Tous les accusés sont inculpés de « plan concerté ou complot », inculpation assortie pour seize d’entre eux de « crimes contre la paix ».

 

 

Peu de témoins, le procès s’appuie essentiellement sur des textes écrits que les avocats et les procureurs lisent lentement afin que la traduction simultanée, une innovation pour l’époque, puisse fonctionner, d’où un certain sentiment de monotonie.

 

 

Un film, montage de documents filmés par les autorités américaines et anglaises lors de l’ouverture des camps, est également projeté, permettant au psychologue Gilbert d’observer attentivement les prévenus et de prendre des notes.

Le procès a permis de mettre en évidence les aspects de l’histoire du IIIe Reich et de la Seconde Guerre mondiale.

 

 

S’est posée la question de Katyn, peut-être la plus honteuse de la guerre, comme d’ailleurs du procès, la culpabilité des Soviétiques n’étant pas établie, celle des Allemands non plus, Katyn disparaît simplement du jugement, constituant en quelque sorte l’aveu tacite de la culpabilité soviétique.

 

 

L’une des faiblesses du procès est l’abandon d’accusation de criminalité pour « les organisations », « On n’entreprit jamais de campagne systématique pour définir et répartir le blâme sur tous ceux qui étaient responsables des fléaux du nazisme. »

Le procès s’achevant, après les délibérations, vient le temps du verdict où seuls les quatre juges titulaires ont un droit de vote.

À noter que Göring a perdu de sa superbe…

 

 

Les 30 septembre et 1er octobre 1946, presque un an après la première réunion du Tribunal, vient l’heure du jugement et les peines sont prononcées. Un tableau du verdict est présenté en fin d’ouvrage dans lequel figurent les quatre chefs d’accusation cochés et le verdict pour chacun des accusés.

 

 

L’historienne s’intéresse pour finir à la postérité du procès, soulignant que le 9 décembre 1948, l’Assemblée générale des Nations unies adopte le texte de la « Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide ». Le mot entrait ainsi dans le vocabulaire juridique international.

 

 

Ce procès a ouvert la voie à de nombreux autres procès, ainsi celui d’Adolf Eichmann (photo ci-dessous) qui, en quelque sorte complétera celui de Nuremberg en permettant de mettre en lumière la spécificité du génocide.

 

 

J’avais beaucoup appris sur ce premier des grands procès internationaux avec Le Crépuscule des hommes d’Alfred de Montesquiou et Le procès de Nuremberg d’Annette Wieviorka, un ouvrage dense mais très accessible, est venu compléter mes connaissances, avec une analyse approfondie non seulement des événements qui ont marqué ce procès qui a posé le jalon du droit international  mais aussi sur ses implications et son impact, donc, sur la justice internationale.

 

 

En Post-scriptum, Annette Wieviorka ouvre la porte à la réflexion sur la période que nous vivons…

 

Je remercie les éditions Liana Levi - piccolo et Babelio pour cette lecture fort instructive.

Ghislaine

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