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Garrett Carr : Le garçon venu de la mer

Le garçon venu de la mer   par  Garrett Carr.

. Traduit de l’anglais (Irlande) par Pierre Bondil.

Titre original : The boy from de sea.

Gallmeister (2025) 424 pages.

 

 

 

L’envie de lire un livre peut être déclenchée par une quantité de motivations.

 

Pour Le garçon venu de la mer, c’est le Club des Critiques de la NRF, animé par Olivia Gesbert. Lors de cette rencontre publique organisée pendant les Correspondances de Manosque 2025, c’est l’excellent Vincent Message qui a présenté ce livre, le premier roman pour adultes signé Garrett Carr.

 

Avec sa prose originale, bien traduit par Pierre Bondil, cet auteur irlandais m’a fait vivre une histoire peu commune, au plus près de la vie quotidienne des habitants de Killybegs, dans le Donegal d’où Garrett Carr est originaire.

 

 

Quand je lis Killybegs, je ne peux m’empêcher de penser à Retour à Killybegs, le très fort roman de Sorj Chalandon, paru en 2011 ; nous sommes en 1973 et la vie est rude. Pour travailler et gagner sa vie, il y a la pêche ou l’usine de conditionnement ou encore le transport des poissons vers les villes d’Irlande.

 

 

C’est cette même année qui voit l’Irlande adhérer à la CEE, ce qui va avoir des conséquences sur cette pêche qui s’industrialise comme le fait vivre Garrett Carr avec Ambrose et Tommy, deux amis dont la passion et le gagne-pain sont la pêche en mer.

 

 

C’est original car c’est « nous » qui raconte, un « nous » qui paraît représenter la population du village. « Nous » parle vite de ce fameux bébé apporté par la marée. L’enfant est bien installé dans un tonneau en plastique bleu lesté par une petite plaque de béton. C’est Mossy Shovlin qui l’a trouvé et le confie à une infirmière qui le garde. Cela devient vite un véritable phénomène.

 

 

Quatre par quatre, les habitants viennent voir le bébé mais c’est finalement Ambrose Bonnar qui l’héberge. Avec Christine, sa femme, ils ont déjà un garçon de deux ans : Declan. Très vite, Ambrose nomme l’enfant, Brendan, du nom du saint patron des marins. Il faut préciser que Christine et Ambrose habitent une petite maison près de Phyllis Lyons, la sœur de Christine qui vit avec leur père, Eunan.

 

 

Justement, la sœur et le père de Christine demandent à Ambrose de rendre le bébé mais ce dernier est véritablement captivé par cet enfant qui amène paix et sérénité dans la maison. Plus tard, ce ne sera plus tout à fait le cas…

 

 

Je lis cette histoire avec un intérêt grandissant car des descriptions soignées accompagnent un récit plein de rebondissements. Le tableau social présenté par l’auteur est très intéressant ; il fait côtoyer les nantis et les pauvres.

 

 

De très pertinentes observations des relations familiales ne manquent pas de m’inquiéter. En effet, Brendan grandit et son aîné développe une jalousie allant jusqu’au rejet de ce frère, ce qui fait vivre de terribles moments. Entre les deux sœurs, c’est problématique aussi. Declan est émouvant dans son attitude avec son grand-père fortement diminué. C’est d’ailleurs, Eunan, ce grand-père qui demande à Declan d’être gentil avec son frère, dénomination que l’aîné refuse toujours d’admettre.

 

 

Autre riche élément de ce roman, c’est la pêche avec les joies et les peines que cela procure. Garrett Carr (photo ci-dessous) offre, sans pathos, de terribles angoisses mettant en relief la psychologie des hommes victimes du travail inlassable en mer.

 

 

Il faut aussi que je mentionne la scène très intime entre Ambrose et Christine qui comptent et commentent leurs cicatrices. C’est tendre et émouvant. Pendant ce temps, Brendan affirme une personnalité étonnante, inquiétante même, et l’auteur offre une très belle introspection dans le psychisme de ce garçon qui souffre. Je n’oublie pas Declan qui pose de gros problèmes ; comme son père, il rêve de voir enfin ces fameux rochers de Rockall (photo ci-dessous).

 

 

Jusqu’au bout, je me suis régalé avec la prose de Garrett Carr qui m’a fait vivre le quotidien dans ce village de pêcheurs du Donegal.

 

 

Le garçon venu de la mer est un beau et grand roman.

Jean-Paul

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