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Gaspard Kœnig : Aqua

Aqua   par  Gaspard Kœnig.

Éditions de L’Observatoire (2026) 445 pages.

 

 

 

Après Humus, Gaspard Kœnig poursuit son exploration romanesque des quatre éléments avec Aqua. Après la terre, l’eau. Cette eau, personnage central du roman, nous la découvrons dès la première phrase avec une goutte de pluie qui se fracasse contre le sol à pleine vitesse tout comme des millions d’autres. Où vont-elles, quelles sont leur destinée ?

 

Celles-ci vont simplement rejoindre la Maline, la rivière qui traverse le petit bourg de Saint-Firmin, au fin fond du pays d’Houlme, dans l’Orne. C’est ici que Maria, née dans une ville moyenne des Carpates, en Roumanie, peu après la chute du Mur, puis étudiante à Paris, a débarqué cinq ans plus tôt. Elle a su mettre entre parenthèses les motifs qui l’avaient conduite ici, recréer des « communs », c’est à dire gérer collectivement les ressources par la communauté, pour prendre le monde tel qu’il est.

 

Elle a ainsi ouvert une vraie épicerie de village, La Lanterne, devenue rapidement un lieu de passage incontournable tant le sourire de Maria est irrésistible.

 

 

Le père Jobard comme on l’appelle, est maire de ce petit village, comme l’était déjà son propre père et il termine son quatrième mandat. Il est le plus grand propriétaire et le premier employeur de la commune avec son exploitation familiale de polyculture-élevage qui s’accompagne d’une intense activité de transformation du lait frais. Rien ne se fait à Saint-Firmin sans son aval.

 

 

Aussi, personne n’a protesté lorsqu’il a annoncé la candidature de son neveu Martin Jobard pour les prochaines municipales. Ce haut fonctionnaire à qui ses amis ont laissé entendre qu’il pourrait bien devenir secrétaire d’État ou encore davantage, a besoin d’un ancrage local. Devenir maire d’une commune rurale serait parfait.

 

 

Lors d’une réunion publique, il annonce son projet de moderniser le réseau d’eau potable, affirmant qu’il n’est plus possible de rester en régie directe et qu’il n’est pas sérieux qu’une commune gère elle-même son eau, qu’une modernisation est obligatoire.

 

 

Maria, elle qui défend la source des anciens, et pour qui il n’est pas question de laisser la gestion de l’eau à l’intercommunalité, décide alors de se présenter. Pour constituer une majorité, elle n’a aucun problème car elle a l’appui de la bande de La Lanterne au complet.

 

 

C’est ainsi que la gestion de l’eau devient l’enjeu de la campagne.

Jobard ne croit pas un seul instant que « les Saint-Firminois puissent donner les clés de la mairie à une Roumaine, néorurale, intello de gauche, écolo-bobo, bref tout ce qu’on déteste dans les campagnes ».

 

 

Les habitants en décident autrement et Maria est élue au premier tour. Sa première préoccupation est de prendre la main sur la gestion de l’eau,  assumer la régie directe.

Si l’enthousiasme est tout d’abord de mise, ce projet de résistance se trouve vite confronté au réel et quand la sécheresse va succéder aux pluies diluviennes, la pénurie à l’excès, que la Maline ne coule quasiment plus et que l’eau vient à manquer au robinet, Maria se retrouve bien seule…

 

 

Aqua est une satire sociale éblouissante du monde contemporain dans laquelle l’eau est l’épicentre.

Gaspard Kœnig (photo ci-dessus) met en scène avec beaucoup de réalisme et souvent un brin d’humour, des personnages hauts en couleurs comme Pierrette la doyenne, Miss Norton, la retraitée anglaise, Léa, la naturopathe, Salim, le survivaliste, avec sa cabane autonome, tous électeurs de cette commune rurale, mais aussi des notables politiques parisiens ou régionaux ou encore des grands spécialistes comme Valérie, l’hydrogéologue, et son obsession absolue du reméandrage (croquis ci-dessous). Ma préférence se porte sans hésitation sur Maria la généreuse tenancière idéaliste attentive aux autres qui croyait tant aux communs, à l’autogestion,  à une forme de civilité, de cohésion et de solidarité concrète.

 

 

Pourtant parmi tous ces personnages, celui que Gaspard Kœnig évoque avec le plus de poésie, à qui il confère sensualité, puissance, mémoire et mystère n’est autre que le personnage principal et central de son roman, l’eau !

 

 

Entre mythologies normandes, bureaucratie locale, géopolitique, entre espoirs et désillusions, avec une tension omniprésente, Aqua se présente à la fois comme un thriller rural, une satire sociale, un roman très contemporain s’apparentant parfois à un essai tant la documentation s’avère précise et richissime et la teneur du propos soutenue, et dans lequel, hélas, sourde une angoisse latente, la question se posant de savoir si les hommes seraient trop égoïstes pour être guidés par l’intérêt commun.

L’auteur montre comment, en jouant à l’apprenti sorcier, en asséchant les zones marécageuses, en canalisant les cours d’eau, en voulant modeler la nature selon ses désirs, l’homme doit maintenant en assumer les conséquences.

 

 

Tout en étant très divertissant et captivant, Aqua de Gaspard Kœnig m’a énormément appris et en cette période électorale qui approche, je ne peux que conseiller aux candidats à ces municipales de se plonger dans cette lecture fort enrichissante.

 

 

Je remercie vivement Les éditions de L’Observatoire et Babelio pour cette lecture passionnante.

Ghislaine

 

 

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M
Je n'ai encore rien lu de cet auteur. Ses livres ne sont jamais disponibles en médiathèque, ce qui est bon signe...mais je ne perds pas espoir de découvrir ses écrits qui abordent des thèmes vraiment intéressants. Merci pour cette chronique joliment illustrée.
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