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Adèle Rosenfeld : L'extinction des vaches de mer

L’extinction des vaches de mer    par  Adèle Rosenfeld.

Grasset (2026) 158 pages.

 

 

 

L’extinction des vaches de mer, deuxième roman d’Adèle Rosenfeld a la particularité d’être à la fois un roman d’aventures, une épopée scientifique et un récit intime.

 

 

Lors d’une expédition dans les eaux glacées du pacifique Nord, mandatée par la Russie, dont l’objectif est d’explorer toute la côte septentrionale de la Sibérie, sa nature, et élucider si la terre du Kamtchatka est reliée à l’Amérique, ou s’il existe un passage par la mer, le navire du capitaine Vitus Bering, le Saint Pierre, fait naufrage, le 7 novembre 1741.

 

Des cinquante membres de l’équipage au départ, seulement une vingtaine parvient sur la rive surplombée d’une falaise rocheuse.

 

 

Parmi les rescapés se trouve le grand explorateur, naturaliste et zoologiste allemand Georg Wilhelm Steller. C’est là qu’il découvre les vaches de mer, comme il les surnomme, une espèce inconnue, des animaux marins géants paisibles qui viennent en troupeaux, avec la marée montante, brouter les algues qu’ils arrachent des rochers.

 

 

Tandis que l’espérance gagne les survivants hagards en voyant cette chair promise par le géant marin, qui les guérira de la faim qui grogne dans leurs entrailles, Steller, quant à lui est requinqué à la perspective d’accoupler son nom à la découverte de cet animal. Personne ne sait alors que ces gigantesques animaux marins s’éteindront définitivement vingt-sept ans après la première description du zoologue. De bestiis marinis, l’œuvre qu’il a commencée dès son arrivée sur l’île et qui connut un vif succès au sein de la communauté scientifique européenne, sera la seule observation de cette espèce de son vivant.

 

 

Durant l’hiver passé sur l’île, à différentes reprises, tout en explorant l’île, Steller (portrait ci-dessous) se remémore des sensations vécues avec son père, sa mère ou Brigitta son épouse.

 

 

Cette vache de mer, cet animal disparu, sa reconstitution au Muséum d’histoire naturelle de Paris ont nourri l’imaginaire de l’autrice jusqu’à en devenir une obsession.

 

 

Ce n’est qu’à l’Ehpad où son grand-père a dû être conduit qu’elle comprend pourquoi cette obsession l’a prise et qu’elle éprouve ce besoin urgent de préserver ce qui est sur le point de s’effacer, ce besoin de transmettre. C’est l’objet de la deuxième partie de l’ouvrage et, s’il apparaît au premier abord dissocié du roman d’aventures et de l’épopée scientifique de la première partie, ce récit intime se révèle bien vite non seulement particulièrement d’une grande beauté douloureuse mais invite à une profonde réflexion sur la disparition.

 

 

J’ai été happée dès les premières pages par le talent dont fait preuve Adèle Rosenfeld (photo ci-dessus) pour faire ressentir les conditions extrêmes que subit cet équipage échoué, rongé par la faim, le froid et pour faire surgir et revivre ces créatures aux formes mythologiques, ces vaches de mer qui deviendront  la planche de salut de ces marins, par leur chair et leur graisse.

 

 

Beauté de la nature, présence sublime de ces animaux, cruauté, fragilité du vivant, mémoire, mais aussi douleurs silencieuses d’une histoire familiale, tous ces thèmes présents dans ce roman sont abordés avec une sensibilité extrême et bouleversante par l’autrice.

 

 

Avec une écriture poétique, charnelle, sensorielle, un souffle à la fois scientifique et romanesque puissant, Adèle Rosenfeld réussit à nous faire vibrer sur des mondes qui s’évanouissent, la fin d’une espèce, la mort d’un grand-père, un désastre environnemental, une histoire familiale douloureuse, des mondes que l’on doit garder en mémoire et qu’il est important de transmettre.

 

 

L’extinction des vaches de mer d’Adèle Rosenfeld est un roman captivant, bouleversant, instructif  et magnifique et je remercie Open Book et les éditions Grasset pour cette superbe découverte.

Ghislaine

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C'est la seconde fois cette semaine que j'entends du bien de ce roman, un signe ?
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