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Damien Igor Delhomme : La Chance rouge

La Chance rouge   par  Damien Igor Delhomme.

Agullo (2026) 460 pages.

 

 

La Chance rouge de Damien Igor Delhomme est un roman noir de presque 500 pages, auquel on devient addict dès le prologue en faisant connaissance à travers un journal daté de 1995 avec une jeune femme Saskia, rescapée de Mayak Severa, et qui se trouve dans un bureau à Paris en présence du colonel Moreau de la DGSE et du Dr Kessler, spécialiste en neuropsychologie expérimentale à qui elle promet de tout raconter en échange de leur protection et d’une nouvelle identité.

Son histoire commence avec une petite fille evenk de 9 ans

 

 

Fin des années 60, en pleine guerre froide, les États-Unis sont en tête de la course au contrôle mental et sont en train de remporter une victoire, celle du contrôle de l’esprit humain avec notamment le programme MK-Ultra.

 

 

Brejnev décide alors de mener une expérience comme les Américains, une expérience secrète.

Qui, mieux que des savants en disgrâce ou qui ont un gros besoin de reconnaissance, pour la  diriger ?

 

Le Bureau des Affaires scientifiques spéciales recommande alors le Pr Petrov pour la direction scientifique du projet qui aura lieu dans un camp au cœur de la  Sibérie, avec des températures avoisinant les moins quarante. Celui-ci et son équipe vont mettre en place un laboratoire à ciel ouvert, avec des gens sans défense, dans une ville qu’ils vont créer de toutes pièces, la cité isolée de Mayak Severa.

 

 

Cette immensité glacée est le cadre idéal pour des expérimentations secrètes.

Après avoir nettoyé le territoire des Evenks, ces peuples autochtones, vidé la zone de ces nomades, ils gardent seulement certains enfants qui serviront de cobayes.

 

 

Avec les habitants, colons et communauté evenk, Petrov compte accomplir avec son équipe quelque chose d’extraordinaire, étudier la nature de la chance mais aussi explorer les limites de l’esprit humain et repousser les frontières de ce qui est possible. Ses sujets de prédilection étant le conditionnement de masse et la manipulation des probabilités. Il vise la destruction systématique et scientifique de l’identité, suivie d’une reconstruction complète de la personnalité.

 

 

Les enfants récupérés fourniront des sujets d’étude. Parmi eux Saskia, le sujet 27

Si ce pavé se lit d’un trait c’est en partie dû à sa forme narrative qui se présente sous forme de onze dossiers, des origines pour le premier aux divergences pour le dernier. Chacun regroupe des extraits de journaux personnels, de rapports d’évaluation, de compte-rendus d’entretien du KGB avec certaines personnes, de compte-rendus de réunions, de notes d’analyse, de cahiers secrets, de transcription d’enregistrement, de notes de réunion ou encore de notes personnelles retrouvées beaucoup plus tard., tous formant des chapitres de quelques pages seulement.

 

 

On suit ainsi l’évolution de ces expériences absolument inhumaines et ô combien perturbatrices sur ces enfants cobayes, de manière très rythmée avec une alternance non systématique du vécu et du ressenti des scientifiques avec celui des jeunes Evenks.

 

 

Damien Igor Delhomme (photo ci-dessous) est maître dans l’art de brosser des portraits psychologiques. Au fil des pages, il développe les traits souvent caricaturaux de ces scientifiques, modelés par leur passé et qui ont été choisi pour leur compétences spécifiques et leur loyauté à toute épreuve et qu’on ne peut que détester pour la facilité avec laquelle ils s’affranchissent des lois éthiques et du respect de l’être humain. 

 

 

J’ai souffert avec ces enfants obligés de subir des tests violents, avec les civils aussi, soumis également à des expériences, sur la température par exemple, ne se rendant pas compte que leur docilité dépendait de la température qui leur était accordée.

 

 

J’ai été souvent émue, notamment par Mikhail, sujet malchanceux chronique, qui a perdu sa mère et particulièrement le jour où son père lui confie la montre de celle-ci : « pour une fois, je me sens chanceux. Même si je sais que je risque de la casser. Mais papa dit que certaines choses sont plus fortes que la malchance. Comme l’amour de Maman. Comme sa montre qui dit toujours la vérité. » C’était là aussi après une expérience de manipulation du temps …

 

 

J’ai aussi été fascinée par ce peuple autochtone, les Evenks, leur mode de vie, leur identité culturelle  et pour qui la nature qui les entoure est toute leur vie.

 

 

Et ce que j’ai trouvé très fort, c’est que malgré ces conditions épouvantables, des tentatives de résistance s’opèrent , volontairement comme avec les boulangers ou le pêcheur, mais également avec les enfants, leurs comptines, leurs chants ou leurs dessins embarrassant bien nos scientifiques, pensant que leurs expériences avaient tout effacer.

 

 

Ce livre n’est qu’une fiction, une fiction hélas plutôt réaliste, qui s’intéresse aux aspects les plus sombres du régime soviétique tout en nous obligeant à nous questionner.

Si la science est un outil puissant pour améliorer notre vie, qu’arrive-t-il quand cette science bascule au service de l’oppression ? Une question particulièrement pertinente et d’actualité...

Photo ci-dessus : le siège de la DGSE.

 

Après lecture de La Chance rouge, premier et excellent roman de Damien Igor Delhomme, je ne peux qu’être d’accord avec l’épigraphe « La chance ne rend pas heureux » et ce n’est pas Saskia qui me contredira.

 

 

À noter la belle couverture représentant ce fameux phare, projet n° 14, qui, selon le Général-colonel Zhelezny « dans la nuit polaire, sera pour les habitants, leur soleil soviétique perpétuel ».

Un immense merci aux Éditions Agullo !

 

Ghislaine

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