Daniel Berthet : Bâtard
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Bâtard par Daniel Berthet.
Kariel B. Edition (2026) 222 pages.
Daniel Berthet (photo ci-dessus) a soif d’écrire et il le fait très bien. Pour son onzième roman, il a décidé de mettre l’accent sur deux périodes importantes de notre Histoire, périodes de ce XXe siècle que je crois récent mais qui s’éloigne à toute vitesse. Aussi, il est important d’en parler encore alors que les leçons de ce passé semblent s’oublier bien trop vite.
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Bâtard, le titre un peu provocateur de ce roman, est le nom de ce garçon que je vais prendre rapidement en affection et dont les tribulations me feront souffrir à plusieurs reprises.
Comme le dit Patrice Saunier en préface : « Un roman, c’est un chemin qui prend le large, un bateau ivre qui t’emmène loin, si loin, et qui ouvre des ailes de géant. » C’est cela que j’ai ressenti à la lecture de Bâtard, cette envolée qui touche au plus profond de l’âme humaine, ses bons côtés comme ses bassesses.
Quand Bâtard débute, c’est la débandade de juin 1940. Les Allemands arrivent et tous ceux qui le peuvent fuient « les Boches » comme on les appellera encore longtemps. Mona Bernstein se décide à suivre les conseils de Gigi Feldmann, sa meilleure amie qui l’avait initiée aux avortements clandestins.
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Sa valise est prête quand, soudain, Elisa Klein, la gamine du rez-de-chaussée, débarque et demande à Mona de l’avorter alors… qu’elle perd les eaux ! Impossible de se défiler. Mona rassemble tout son courage et ses connaissances. Elle aide Elisa à mettre au monde ce garçon qui n’a pas de père et dont la mère ne veut pas car elle ne peut pas le nourrir.
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Alors, Mona confie le bébé à l’orphelinat de l’Assistance publique ; mais quel prénom donner à l’enfant ? Spontanément, elle dit : « Bâtard » et c’est ce qui sera inscrit à l’état-civil où un certain Walter Dupin s’apprête à accueillir les Allemands. Ce sinistre individu antisémite et collabo sera important pour Mona ; Daniel Berthet, avec son écriture directe et efficace, le raconte très bien.
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Débuter dans la vie ainsi n’est pas la meilleure des façons mais Bâtard n’a pas le choix. Il faut le laisser grandir et suivre sa mère ainsi que Mona durant cette terrible période de déportation massive des juifs que de bons Français s’efforcent de dénoncer pour les envoyer dans les camps de la mort.
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Avec un réalisme impressionnant, Daniel Berthet, sur les pas d’Elisa, m’emmène au Vel’d’Hiv, le 17 juillet 1942. C’est une impressionnante plongée au cœur de l’indicible, dans ces lieux souvent évoqués trop succinctement. C’est un des plus forts passages de ce livre.
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Mona Bernstein avait fait changer son nom de famille en Bern et Elisa Klein en Klain afin d’éviter tout soupçon et d’échapper à la chasse aux juifs. Par contre, toutes les deux, elles profitent au maximum de la situation avec, pour l’une, le Vichyste Dupin et, pour l’autre, l’oberführer Otto Herdberg.
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Qui sommes-nous pour juger de tels comportements ? La justice expéditive appliquée ensuite par les résistants de la dernière heure et la vindicte populaire est parfaitement décrite ; cela révolte d’autant plus que le petit Bâtard (4 ans) est là aux côtés de sa mère qu’il ne veut pas lâcher. Ces moments odieux marquent à jamais l’existence du garçon. Quels que soient les faits reprochés à ces femmes, l’agression populaire est honteuse, malsaine, révoltante. C’est aussi cette insulte qui poursuivra Bâtard longtemps : Fils de pute…
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La première partie conditionne la suite mais, avant de me secouer de nouveau, Daniel Berthet parle du printemps et du renouveau qu’il apporte. C’est une respiration bienvenue. Nous sommes en 2024 et Bâtard goûte un repos bien mérité alors qu’un étudiant le rencontre pour écrire sur la Seconde guerre mondiale. Affectueusement, il l’appelle Fiston.
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Bâtard lui raconte son adolescence et sa réaction devant l’attitude des bien-pensants qui lui donnent tort d’office. C’est toujours bien raconté, vivant, imagé, percutant quand il faut, poétique ou cru alors que le passé revient régulièrement en pleine figure de Bâtard.
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S’il rencontre l’amour puis à nouveau la violence, c’est la guerre d’Algérie, la seconde période forte de l’histoire de cet homme. Cela donne lieu à d’intéressantes discutions avec Léo Géronimo qui a mis en pratique les paroles de la chanson de Boris Vian : Le Déserteur. Bâtard se termine avec un autre hommage, à Stéphane Hessel cette fois, inoubliable auteur de Indignez-vous, ce petit livre qu’il faudrait relire.
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Faut-il faire confiance aux nouvelles générations alors que l’IA nous envahit, que la guerre fait des ravages un peu partout sur la planète ? La génération d’après Seconde guerre mondiale pensait que les leçons avaient été suffisantes, éloquentes, que l’antisémitisme et le racisme avaient vécu, que les bombes ne devaient plus exploser, que la faim devait disparaître…
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Étions-nous idéalistes ? Avions-nous le droit d’imaginer ce monde ? Aujourd’hui, nous n’avons pas le choix, il faut faire confiance aux plus jeunes mais, avant tout, leur rappeler ce qui s’est passé auparavant et c’est pour cela que la lecture d’un roman comme Bâtard est tellement importante. Cette fiction basée sur ce qui s’est réellement passé est une réussite à recommander fortement.
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Je remercie Daniel Berthet du fond du cœur pour ce onzième roman particulièrement réussi.
Jean-Paul
