Françoise Henry : Comme un oiseau sans ailes
-
Comme un oiseau sans ailes par Françoise Henry.
éditions du ROCHER (2026) 235 pages.
/image%2F3417118%2F20260325%2Fob_831bc6_img-20260308-102057.jpg)
Comme un oiseau sans ailes de Françoise Henry est l’histoire d’une vie, la vie d’une jeune fille à l’esprit vif, intuitif, alerte, arrivée, en 1951, jusqu’en licence de Lettres et qui, séduite par un jeune homme de bonne famille aux yeux rieurs et coquins, ayant mené de brillantes études, ne s’est pas présentée à son examen, pour accourir au rendez-vous avec son amoureux tout neuf, ne pouvant le prévenir.
Tout est allé très vite et après s’être revus, il a demandé sa main à ses parents et tout s’est fait naturellement : ingénieur, venant d’obtenir un poste, il continuerait son travail. Lui, travaillerait à l’extérieur pour subvenir aux besoins de la famille et elle serait une femme d’intérieur, c’est à dire au foyer.
Le couple aura deux filles dont l’une est à la fois la narratrice et l’autrice de ce roman.
Les premières pages débutent d’ailleurs par une image absolument bouleversante qui résume à elle seule le fond de l’histoire. La narratrice se retrouve chez ses parents lors d’une fête de famille. Elle observe si tout se déroule bien, avec la sensation de n’être qu’un regard quand soudain, une sorte d’animal, aux griffes acérées s’accroche à son bras droit. Cette sensation qui n’était qu’un rêve sera à l’origine de ce livre hommage à sa mère.
/image%2F3417118%2F20260325%2Fob_0e98c2_oip-2.jpg)
Car, cette bête agrippée, vous l’aurez sans doute compris n’est autre que la métaphore de ce mal qu’est la charge mentale dont quasiment toute femme et notamment les mères au foyer souhaiteraient tant se délester.
/image%2F3417118%2F20260325%2Fob_d8c272_oip-1.jpg)
Tout commencera en fait dans l’été 1974, par un coup de foudre, au sens littéral du terme. Dans cette même demeure, à la fin d’une journée terrassée par le soleil, l’orage avait éclaté et le tonnerre grondait. La mémé, la mère et ses deux filles étaient vite rentrées quand soudain le téléphone avait sonné. Ce ne pouvait être que son homme resté à Pau pour le travail, aussi la mère, malgré les risques, décroche. Quand soudain, un cri, une flamme rouge a jailli de son oreille droite tandis que retentit le fracas de la foudre sans doute tombée sur un arbre. Je suis vivante, dit-elle avant de raccrocher. De multiples conséquences vont sourdre du choc subi par son corps de femme quadragénaire. Le choc physique l’avait ménopausée précocement et c’était comme si, à l’intérieur d’elle quelque chose aussi avait brûlé. La foudre aura ensuite bon dos pour les douleurs difficiles à identifier. En fait, elle se sent seule malgré l’amour de son mari, de ses filles et se sent prisonnière de son rôle de mère et d’épouse.
/image%2F3417118%2F20260325%2Fob_131211_oip-3.jpg)
Mais, comme le souligne Françoise Henry (photo ci-dessous), l’histoire a commencé il y a des centaines d’années, avant le coup de foudre aussi. Car c’est une maison qu’elle porte sur son dos. Ça s’est décidé de façon évidente : lui à l’extérieur et elle au logis !
/image%2F3417118%2F20260325%2Fob_3f83f6_franc-oise-henry-photo-laurence-fleury.jpg)
Et pourtant elle est aimée, passionnément aimée, mais le boulot prime.
De temps en temps, le soir, quand tout est en ordre elle s’offre une petite escapade jusqu’au bout de la route, elle descend faire son p’tit tour, s’arrête et contemple, rien faire, rien penser, rien dire, l’impression fugitive de partir un peu.
/image%2F3417118%2F20260325%2Fob_be430d_oip.jpg)
C’est ainsi qu’on découvre peu à peu le mal qui la ronge. Elle ne savait pas qu’une charge séculaire pesait sur elle.
Tout s’aggrave et bascule en 1978 quand son mari cet ingénieur compétent et consciencieux est détaché par sa direction dans un groupe chargé d’une mission de la plus haute importance et soumis au secret militaire. Ils vont devoir quitter Pau (photo ci-dessous) pour Paris.
/image%2F3417118%2F20260325%2Fob_c92a43_telecharger.jpg)
Elle fait connaissance alors avec celle qui allait devenir l’une de ses compagnes assidues : l’insomnie.
/image%2F3417118%2F20260325%2Fob_1febd2_telecharger-1.jpg)
Le problème, c’est qu’elle ne se sent pas autorisée à se plaindre, menant une vie où elle ne manque de rien, mais que signifie ce rien ?
Elle se sent de plus en plus seule et invisible.
/image%2F3417118%2F20260325%2Fob_7ae938_oip-4.jpg)
Quant à lui, il va subir une trahison inoubliable, devant cette escroquerie phénoménale dans laquelle il sera impliqué, l’Affaire des Avions renifleurs, un tremblement de terre pour ses convictions.
/image%2F3417118%2F20260325%2Fob_e847e3_oip-5.jpg)
Et elle, qui a soif de contact, se sent également trahie par ce mari qui ne dit plus rien, souvent absent. Elle n’apprendra que plus tard les affres par lesquels il est passé.
Roman poignant et plein de sensibilité, Comme un oiseau sans ailes est une réflexion profonde sur les attentes sociétales, l’émancipation des femmes, les sacrifices personnels et les responsabilités familiales.
/image%2F3417118%2F20260325%2Fob_a467ae_img-20260325-163510.jpg)
Si Françoise Henry, écrivaine et comédienne, rend ainsi hommage à sa mère, celle qui rêvait de compréhension, une compréhension vraie, profonde, son roman est aussi un appel à la reconnaissance des femmes qui ont été oubliées ou sous-estimées.
/image%2F3417118%2F20260325%2Fob_b6f5b6_oip-6.jpg)
Le livre est certes, particulièrement dédié à sa mère, mais y est brossé également un portrait de son père non moins intéressant. C’est avec grand intérêt qu’il m’a permis de me replonger dans cette Affaire politico-financière des Avions renifleurs, ajoutant ainsi une dimension historique à l’histoire.
/image%2F3417118%2F20260325%2Fob_ade50c_femmes.jpg)
Ce roman féministe, superbe roman psychologique, empreint de poésie écrit avec un sens très juste du rythme de la phrase et mettant en lumière ces personnes, ces femmes trop longtemps laissées dans l’ombre, tout en ouvrant la réflexion sur les choix faits dans une vie, m’a énormément touchée.
Je terminerai par cette question de l’autrice parlant de la chose indicible pesant à son bras : « serait-ce un état bien installé de la société ? »
Merci aux éditions du ROCHER pour cette belle découverte ainsi qu’à l.histoire.en.salle.28.
Ghislaine
