Frédéric Sallée : Les Enfants du pays
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Les Enfants du pays par Frédéric Sallée.
Flammarion (2025) 250 pages.
Prix Valérien Essai 2025.
Face à ses élèves de terminale, Frédéric Sallée, professeur d’histoire au lycée Marie Reynoard, à Villard-Bonnot (photo ci-dessous), près de Grenoble, s’est lancé dans une recherche essentielle, allant au cœur de ce qui doit mener plus loin que les souvenirs qui s’effacent, pour mettre au jour les traces réelles de ce qui fut. Je note au passage que ce lycée rappelle le nom d’une grande résistante, Marie Reynoard, morte à 47 ans dans le camp de Ravensbrück, le 30 janvier 1945, précision qui me place bien dans le thème du livre : Les Enfants du pays.
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C’est du côté maternel de sa famille qu’il va chercher avec ce cousin, Georges Faure (photos ci-dessous), appelé Jojo, raflé avec les patrons juifs de la pharmacie où il travaillait. Cette Ardèche que l'auteur a quittée pour étudier et enseigner en Isère, elle lui tient tout de même à cœur. Il n’oublie pas que son père aimait écouter Jean Ferrat. Les paroles de La Montagne et de Nuit et brouillard sont inoubliables. La première est un véritable hymne à l’Ardèche et la seconde permet de ne pas oublier l’extermination assurée méthodiquement par les nazis, au XXe siècle, la Shoah.
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Au printemps 1944, Georges Faure, né au Cheylard, petite ville dynamique s’étant développée au confluent de l’Eyrieux et de la Dorne, a 17 ans. Il habite alors à Vernoux, un gros village de 2 500 habitants, situé sur un plateau, à moyenne altitude. Ses parents tiennent le café de la gare, un nom qui fait sourire aujourd’hui puisque, depuis longtemps, aucun train de voyageurs ne sillonne le département. Seul, un train touristique relie Tournon (St Jean-de-Muzols) à Lamastre, le Mastrou.
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Comme il va le faire régulièrement, Frédéric Sallée prouve son talent littéraire offrant d’excellentes descriptions avant de livrer le résultat de ses recherches historiques. De plus, il n’hésite pas à étoffer son récit de précisions sur le contexte de l’époque. En effet, son rappel de la personnalité de Xavier Vallat, député de la circonscription de Tournon-sur-Rhône, de 1919 à 1924 puis de 1928 à 1942, est important. Né dans le Vaucluse, cet antisémite notoire, s’est opposé violemment à Léon Blum en 1936. Dans le gouvernement de Vichy, il a occupé le poste de Commissaire aux questions juives… Pas glorieux pour l’Ardèche, comme le constate Frédéric Sallée.
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Ce 13 avril 1944, Évodie et son mari, les parents de Georges, descendent aux Ollières, dans la vallée de l’Eyrieux, avec le petit Gérard, le plus jeune de leurs trois enfants. Colette et Georges, les aînés restent seuls. Quand la milice, la Gestapo et la Feldgendarmerie débarquent dans le Café de la gare, ils cherchent Évodie, la mère. Ils arrêtent aussitôt Georges Faure, Pierre Ponton, l’instituteur, Augustin Riou, le curé, Pierre Malburet, son vicaire, Raymond et Marie-Thérèse Étienne, les pharmaciens, Jean Braun, juif polonais de 34 ans, Marianne Kratochvil, sa femme, Gerson Hagenauer, juif polonais de 44 ans, Maurice Hamburger, médecin décoré de la Légion d’honneur, radié de l’ordre parce que juif, et André Nantaz, employé des PTT. Ils sont tous rassemblés dans le café et brutalisés. La même rafle antisémite se déroule à Lamastre, à quelques kilomètres de là.
Document ci-dessous : Montage photographique de deux clichés de Georges Faure. Le portrait supérieur est un cliché de Paul Jacquin, début 1944, lors du dix-septième anniversaire de Georges. La photographie inférieure date de juin 1945 (photographe anonyme, cliché probablement pris à l'hôpital Tenon à Paris, autour du 15 juin 1945).
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Le récit mené par Frédéric Sallée est vivant, passionnant, émouvant, terrible. C’est une histoire trop vite oubliée qu’il faut raconter et Les Enfants du pays, livre que j’ai pu lire grâce à Simon, le fait très bien.
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L’auteur étudie chaque cas parmi les raflés, donne d’impressionnants détails révélateurs du climat politique entre 1939 et 1944. Son vocabulaire est souvent recherché mais l’histoire tragique se suit très bien.
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Quand il fait une pause, c’est pour disséquer son travail d’enseignant. Devant ses élèves, il présente chaque personne déportée depuis Vernoux, laissant volontairement de côté son cousin, Georges Faure. Le choix est difficile quand il faut décider de finir à tout prix le programme ou tenter d’arriver à une compréhension subtile et complexe de ce qui s’est passé.
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Il suit ensuite le parcours de Georges, à Neuengamme, près de Hambourg, puis à Fallersleben, le 31 mai 1944.
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Pour en savoir plus, il est temps, pour Frédéric Sallée, de se plonger dans les archives départementales de l’Ardèche puis dans celles de Neuengamme, par courrier cette fois. Il nous en apprend encore sur le sort des déportés utilisés jusqu’à la mort pour travailler afin de soutenir l’effort de guerre de l’Allemagne nazie. Les recherches de l’auteur sont impressionnantes et il les détaille avec précision.
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Il prouve même que le docteur Maurice Hamburger et Gerson Haguenauer sont allés jusqu’en Lituanie et ont connu le goulag où le médecin a soigné des mourants pendant quatre ans. Le sort terrible de tous ces déportés pris sous les bombes des alliés alors que le cauchemar se termine, déclenche une prise de conscience essentielle.
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De plus, un voyage au Rwanda lui permet de comprendre la Shoah, la guerre, la résistance, les humains qui n’hésitent pas à perpétrer un génocide (photo ci-dessous), une folie hallucinante plus proche de nous, cette fois, avec des génocidaires qui ont son âge.
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Dans Les Enfants du pays, Frédéric Sallée a su osciller régulièrement du cas général aux cas particuliers des Vernousins. Les chemins de la mémoire lui ont permis de suivre le parcours de Jojo, jusqu’au bout, un homme qui fut enfin décoré de la médaille de la Résistance le 14 mars 1959 mais trop tard… bien trop tard.
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Avant de dresser un constat réaliste sur son métier d’enseignant, métier ô combien indispensable, Frédéric Sallée donne enfin les clés de cette arrestation, à Vernoux, arrestation réclamée par un Préfet de l’Ardèche voulant appliquer aveuglément les consignes du gouvernement de Vichy.
Hélas, il n’y avait pas que des Jean Moulin !
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Jean-Paul
