MENU

Jean-Paul Ollivier : Fausto Coppi et la Dame blanche - L'impossible amour

Fausto Coppi et la Dame blanche L’impossible amour.

par Jean-Paul Ollivier.

Avec la collaboration d’Albine Novarino.

Mareuil Éditions (2025) 349 pages.

 

 

 

Fausto Coppi et la Dame blanche - L’impossible amour, est un livre précieux, indispensable même pour qui s’intéresse un peu à l’histoire du cyclisme et de l’Italie des années 1940 aux années 1960.

 

Jean-Paul Ollivier, inoubliable journaliste de France télévision, bien secondé par Albine Novarino (photo ci-dessous), a réussi une fresque passionnante permettant de partager la vie de ce champion hors du commun : Fausto Coppi, le Campionissimo.

 

 En 54 chapitres plus une postface très personnelle, Jean-Paul Ollivier me rappelle quantité d’événements déjà connus, souvent oubliés mais, surtout, et c’est là le cœur du livre : cet amour impossible et pourtant réel entre deux personnes qui n’auraient jamais dû se rencontrer.

 

 

D’emblée, celle qui sera surnommée « la Dame blanche », Giulia Occhini, née à Naples le 23 juillet 1922, débarque et impose sa présence à l’arrivée des Trois Vallées Varésines, le 8 août 1948, dans le nord de l’Italie. Elle réussit à approcher Fausto Coppi avec une audace altière, provocatrice, alors que cela est impossible pour les tifosi rassemblés près de leur champion.

 

 

Cette femme est un mystère. Il faut donc faire connaissance et Jean-Paul Ollivier s’en charge. Il nous explique que Giulia ne s’intéressait pas du tout au cyclisme mais que c’était son mari, le docteur Enrico Locatelli qui dévorait chaque jour La Gazzetta dello Sport pour lire les articles relatant les exploits de ce garçon d’origine paysanne très modeste.

 

 

Après avoir fait connaissance avec la Dame, il est temps de prendre la roue du Campionissimo, à Castellania, petit village de la province d’Alessandria, dans le Piémont. Les auteurs nous racontent cela de manière très vivante avec de nombreux détails parlants, démontrant toute la rigueur de la vie quotidienne, le courage de ces femmes assurant le bonheur de leur maisonnée pendant que les hommes travaillent dans les champs.

 

 

C’est donc à Castellania que naît Fausto, le 15 septembre 1919. Il ne pèse même pas 2 kilos. Il vient après Maria, Livio et Claudina (Dina). Ses parents sont Domenico Coppi qui fut gazé durant la Première guerre mondiale et Angiolina Boveri qui mettra encore au monde un autre garçon, Serse, en 1923. Serse sera aussi coureur cycliste professionnel, précieux soutien de son aîné mais périra tragiquement, en 1951.

 

 

Les précisions historiques émaillant le récit n’empêchent pas de décrire parfaitement la vie de ces villageois très pauvres. Quand Fausto va à l’école, c’est Albina, sa tante, l’institutrice ; mais son élève a déjà dégoté le vieux vélo de son père et préfère aller pédaler… À 13 ans, fin de l’école mais le travail aux champs ne le passionne guère. C’est à Novi Ligure, à 20 km de Castellania, qu’il trouve un emploi dans une épicerie-charcuterie. Non seulement il effectue le trajet à vélo matin et soir mais, très vite, il se charge des livraisons sur deux roues. Comme il n’est pas très loquace, qu’il dit toujours oui, son efficacité ravit Domenico Merlano, son patron.

 

 

Acheter un Legnano qui trône dans la vitrine du vélociste de Novi Ligure est son grand rêve. Bartali roule sur un vélo de cette grande marque italienne. Pour Fausto, on se cotise et, en été 1937, il gagne une course de non-licenciés, à Castellania. Pour pouvoir s’entraîner, il revient travailler avec son père. À 18 ans, il prend sa première licence d’amateur et fait connaissance avec Biaggio Cavanna, un masseur réputé qui comptera dans sa carrière.

 

 

Les victoires commencent à s'accumuler et je vous laisse découvrir son palmarès prestigieux qui fait rêver tous les amateurs de cyclisme même si Fausto avouera avoir eu recours aux amphétamines pour tenir le rythme infernal qu’il s’impose. Certains s’étonnent, aujourd’hui, avec les contrôles anti-dopage, de voir le Slovène Tadej  Pogačar attaquer de très loin pour gagner en solitaire mais Coppi faisait de même bien longtemps avant sur toutes les grandes courses, les classiques, les épreuves à étapes tout en s’imposant aussi sur la piste. Tout cela n’empêchait pas notre Fausto de rester mélancolique.

 

 

Le livre de Jean-Paul Ollivier (photo ci-dessous) regorge d’anecdotes savoureuses et instructives révélatrices du contexte social de l’Italie d’après-guerre. L’ensemble est vivant, bien raconté, bien décrit. Les sentiments, les espoirs, les déceptions, l’angoisse, le désir du champion qui se lance dans cet amour fou sans s’occuper du qu’en dira-t-on. En Italie, le divorce n’est pas autorisé et l’Église s’en mêle puisque le pape Pie XII refuse de bénir le peloton lors du Giro (Tour d’Italie), comme le veut la coutume, parce que Fausto Coppi est là. Il a quitté sa femme, Bruna, pour vivre avec Giulia mais ce ne sera pas « un long fleuve tranquille »…

 

 

Enfin, il faut que je mentionne le passage qui m’a tiré des larmes, cette malaria contractée en Afrique, en Haute-Volta (Burkina-Faso), cette malaria pas détectée et donc mal soignée alors qu’au même moment, à Clermont-Ferrand, Raphaël Géminiani qui avait entraîné le Campionissimo dans l’aventure africaine, était sauvé de justesse.

 

 

Le 4 janvier 1960, Fausto Coppi, à 40 ans, était porté en terre, à Castellania, 198 habitants, accompagné par 20 000 personnes dont son éternel rival, Gino Bartali. Jacques Anquetil, Louison et Jean Bobet, Charly Gaul et bien d’autres cyclistes, des plus connus aux plus humbles étaient là aussi. L’Italie était en deuil national. Bruna, sa première épouse, décédait à 58 ans puis Giulia, La Dame blanche, à 69 ans, le 6 janvier 1993.

 

 

Fausto Coppi et la Dame blanche - L’impossible amour m’a passionné de bout en bout. Je connaissais en partie la vie de ce grand champion mais j’étais trop jeune pour avoir vécu ses heures de gloire, ma passion pour le cyclisme s’étant révélée peu après sa disparition.

 

 

Je remercie infiniment Babelio et Mareuil Éditions pour cette plongée dans un passé pas si lointain, finalement.

Jean-Paul

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Thème Magazine -  Hébergé par Overblog