Les rues de Lyon, numéro 135 : Les oubliés du Vinatier
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Les rues de Lyon numéro 135.
Histoire : Les oubliés du Vinatier.
par Monica Giordanelli (scénario) et Marianne Maffray (dessin).
L’Épicerie séquentielle (mars 2026) 12 pages.
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Ce numéro du mois de mars des Rues de Lyon est consacré aux oubliés du Vinatier, Le Vinatier étant un hôpital psychiatrique, le plus grand de France, fondé en 1876, situé dans la ville de Bron, dans la métropole de Lyon.
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Les oubliés sont les malheureux patients de l’hôpital qui, dès 1939, sous le régime de Vichy, ont dû subir de terribles restrictions alimentaires. Une véritable famine s’est en effet installée dans tous les hôpitaux psychiatriques de France et c’est Le Vinatier qui en subira les plus lourdes conséquences. Ce sont la scénariste Monica Giordanelli et la dessinatrice et coloriste Marianne Maffray qui nous font découvrir ce terrible fait divers et comment le docteur André Riquet et l’équipe de l’hôpital se sont battus pour tenter de nourrir leurs patients prêts à tout pour calmer leur faim. Le pharmacien-chef Louis Revol expérimente quant à lui des méthodes alternatives pour essayer de remplacer les nutriments manquants mais malgré tous les efforts du personnel les décès ne diminuent pas.
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Contrairement à d’autres populations d’institutions fermées, les patients d’hôpitaux psychiatriques n’ont pas bénéficié de l’aide alimentaire distribuée par la Croix-Rouge, le Secours populaire ou les associations caritatives. Et si la population civile a pu souvent compléter son alimentation grâce au marché noir et au système D, cela n’a pas été le cas pour ces internés. De plus, la majorité, des isolés, ne recevaient aucune visite.
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Faute de nourriture suffisante, certains malades mentaux vont jusqu’à manger leurs matières fécales et d’autres en proie à des hallucinations, prenant leurs doigts pour des personnages, vont jusqu’à les dévorer…
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Ce ne sont pas moins de 2000 personnes internées à l’hôpital psychiatrique du Vinatier qui sont ainsi mortes de faim sous le régime de Pétain.
Ce n’est qu’en décembre 1942, peut-être suite au communiqué des quelques psychiatres au Congrès de Montpellier, que le ministre de l’agriculture et du ravitaillement alloue des suppléments de ration aux malades.
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Quand la guerre se termine les Français veulent tourner la page. Georges Daumézon, quant à lui, continue le combat pour la reconnaissance des victimes. En effet, si on a publié bien des bilans des victimes de la guerre, qui a pensé à y faire figurer les 40 000 morts de faim des asiles, la troisième plus forte cause de décès pendant la guerre en France, derrière les déportés et les civile bombardés en 1944 ?
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Le docteur André Requet, s’il a tout de même fini par être décoré de la Légion d’honneur, a décidé, lui, de mettre en lumière l’un de ses patients à l’hôpital du Vinatier, Sylvain Fusco lors de son discours d’inauguration à la bibliothèque de la Part-Dieu en 1979. Cet homme, interné en 1930, à qui le médecin avait fourni du matériel pour peindre avait pu sortir de sa prostration grâce à la peinture. En 1939, affaibli par la faim, il cesse de dessiner et il est la première victime de la famine au Vinatier. Cette exposition est là, comme le dit le docteur Riquet pour rappeler que « derrière chaque patient il y avait un individu, un individu avec son univers. »
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Très beau travail de mémoire que ce numéro 135 des Rues de Lyon.
Les deux autrices, Monica Giordanelli par son texte très explicite et Marianne Malfray par ses dessins très expressifs et des couleurs s’amenuisant comme diminuent les rations alimentaires pour revenir à une saturation complète à la fin de la guerre et finir en apothéose avec les dessins de Fusco, ont su relater avec talent cette sombre page de l’histoire lyonnaise et nationale, étouffée pendant des décennies.
Remerciements renouvelés à Vincent.
Ghislaine
