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Marin Ledun : Leur âme au diable

Leur âme au diable   par  Marin Ledun.

nrf Gallimard, série noire (2021) 602 pages ; J’ai Lu (2022) 672 pages.

 

 

 

Plonger dans la lecture de Leur âme au diable, c’est vivre une folle aventure mêlant fiction et réalité. C’est réalisé avec grand talent comme Marin Ledun sait le faire.

 

 

J’avais bien aimé Free Queens alors, je n’ai pas hésité à me lancer dans la lecture de Leur âme au diable, malgré ses plus de six cents pages. Dans ce polar, Marin Ledun, Ardéchois de naissance, détaille l’univers incroyable des cigarettiers prêts à tout pour gagner de l’argent, toujours plus d’argent, au détriment de la santé des gens.

 

 

En suivant Simon Nora, inspecteur de police à la Brigade financière, je suis vite passionné par une histoire qui débute avec pas mal de cadavres, le 28 juillet 1986. Deux camions-citernes chargés chacun de 12 000 litres d’ammoniac liquide sont arraisonnés, entre Harfleur et Gainnevile, près du Havre, et c’est un certain Anton Muller qui mène la danse. L’auteur fait tout de suite preuve d’une précision millimétrée et ce sera le cas tout au long du livre.

 

 

Je constate vite que Marin Ledun ne place pas son polar hors du temps. Lors de chaque chapitre, il donne les informations du moment, précisant le lieu et la date. Cela peut concerner le sport, la météo, la vie politique, les faits divers, etc… et c’est fort judicieux et rafraîchit la mémoire.

 

 

Entre en scène Hélène Thomas, une étudiante, puis David Bartels qui seront parmi les principaux protagonistes de l’histoire. Je rencontrerai aussi beaucoup d’autres personnages avec l’impression de m’y perdre un peu, parfois.

 

 

J’apprécie particulièrement toutes les explications, les révélations à propos de la fabrication des cigarettes avec tous les produits qui sont ajoutés au tabac pour assurer le plaisir des fumeurs et surtout rendre ce plaisir addictif. L’ammoniac en fait partie.

 

 

Corruption est un des maîtres-mots du roman avec trafic sans limites et contrebande. Tous les moyens sont bons. Simon Nora est lancé dans son enquête avec Patrick Brun, son adjoint, et il ira jusqu’au bout malgré une quantité d’obstacles incroyables.

 

 

Moi qui suis amateur de sport, je lis avec beaucoup d’intérêt les passages concernant l’implication phénoménale des cigarettiers dans les Grands Prix moto et dans la Formule 1, sports motorisés qui, pourtant, ne me passionnent guère.

 

 

Arrivent aussi les filles, les femmes, les prostituées qu’une certaine Valentina sait utiliser au maximum pour servir les intérêts des multinationales du tabac. De plus, lorsque les taxes augmentent, les buralistes se rebellent mais on sait s’en occuper…

 

 

 

Pendant ma lecture, je voyage beaucoup et je suis le combat inlassable de Simon Nora de 1986 à 1989 puis, en seconde partie, de 2000 à 2007. Tout compte fait, cela n’est pas si loin de la période actuelle. Après Le Havre déjà cité, Marin Leduc m’emmène à Carquefou, Paris, Anderstorp en Suède, Bordeaux, Misano San Marino, Beauvais, Le Castellet, Tonneins, Issy-les-Moulineaux, Nanterre, Bergerac, Saint-Martin-d’Hères, Morcenx, La Celle-Saint-Cloud, Vienne (Autriche), Grenoble, Bruxelles, Beyrieux (commune de Plats, Ardèche), Cannes, Budva au Monténégro, Magny-Cours, Podgorica la capitale du Monténégro, Pantin, Brindisi, Belgrade, Felletin, Guilherand-Granges, Fresnes, Luxembourg et Monza pour ne citer qu’une fois chaque lieu car certains reviennent souvent.

 

 

De plus, Marin Ledun (photo ci-dessous) agrémente son récit de plusieurs « Rapports » d’enquête, interrogatoires menés par la police, enregistrements de conversations téléphoniques, lettres… Cela apporte de très intéressantes informations et me plonge à fond dans l’enquête visant à arrêter ceux qui dirigent un trafic générant un profit maximum tout en essayant de contourner les lois qui se mettent petit à petit en place. Avec ça, il y a le soudoiement honteux de certains chercheurs, la corruption de scientifiques permettant aux cigarettiers de continuer à altérer gravement la santé des consommateurs et causer de terribles cancers.

 

 

Comme l’étau se resserre, ma lecture devient de plus en plus palpitante, mon angoisse augmente et Leur âme au diable se révèle un fameux polar, très politique, démontrant les implications d’un trafic touchant toutes les couches de la société. Avec talent, l’auteur montre comment les entreprises ayant pignon sur rue réussissent à s’adapter pour finalement perdurer malgré le travail colossal de policiers intègres pas soutenus par des personnages politiques peu regardants.

 

Avec Leur âme au diable, Marin Ledun a réussi un polar colossal, une performance littéraire que je salue !

Jean-Paul

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