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Omar Youssef Souleimane : L'Arabe qui sourit

L’Arabe qui sourit  par Omar Youssef Souleimane.

Flammarion (2025)  227 pages.

Prix littéraire du Quai d’Orsay 2025.

 

 

L’Arabe qui sourit mêle habilement fiction et souvenirs bien réels que l’auteur, Omar Youssef Souleymane, avait déjà bien fait partager dans Être français.

 

Ici, il donne la parole à un narrateur, Salim, dont je n’apprendrai le prénom que tardivement, grâce à la lettre laissée par Naji, son grand ami, resté au Proche-Orient, en Syrie puis au Liban.

 

Naji aurait eu 33 ans en 2023, comme Salim, mais il vient de mourir. À Beyrouth, il retrouve Delia, une italienne qui œuvre comme photographe au Liban auprès des réfugiés alors que le narrateur vit à La Rochelle et déploie tous ses talents pour élaborer des parfums.

 

 

Salim rappelle qu’avec Naji, ils ont fait leurs études à Damas, lui en chimie, son ami en architecture. Ils se sont battus contre la dictature des Assad. Salim était plutôt romantique alors que Naji était un rebelle.

 

 

Je suis tout de suite capté par beaucoup d’émotion car Omar Youssef Souleymane (photo ci-dessous) laisse échapper quantité de réflexions personnelles sur son vécu. Il détaille toutes les difficultés rencontrées lors de son adaptation en France : le froid, la nourriture, la langue.

 

 

De plus, son personnage donne aussi quelques informations à propos de ses difficultés à bien voir. Il est daltonien mais un accident a frappé un œil et il a été mal soigné. Il n’avait que trois ans. Pour compenser son déficit visuel, il s’est mis à sourire afin qu’on ne remarque pas la différence entre ses yeux : « Avec le temps, je me suis habitué, en toute occasion, à être souriant. »

 

C’est à Delia, à Beyrouth, que Salim confie cette histoire qui a grandement impacté son existence. Par contre, sorte de compensation heureuse, il a développé une extraordinaire sensibilité à tous les parfums. Non seulement, il en a fait son métier mais, tout au long du récit, il me gratifie de tendres et poétiques remarques ou informations à propos de ce qu’il ressent. Il est donc L’Arabe qui sourit et cela lui pose, depuis l’enfance, régulièrement des problèmes.

 

 

Revenant dix ans après au Liban, Salim ne manque pas de remarquer les changements dans ce pays qui subit la plus grande crise économique de son histoire. Il va sans dire que, durant ma lecture, je pense sans cesse à l’actualité de ce pays encore sous les bombes. À plusieurs reprises, Omar Youssef Souleymane parle des chiites, du Hezbollah, de leurs interdits, dans ce Liban fracturé entre diverses communautés.

 

 

Revenu donc à Beyrouth, Salim fait partager sa recherche à propos de ce qui est arrivé à Naji avec l’aide précieuse, indispensable de Delia. Au passage, il livre réflexions et citations d’Ibn Khaldoun (1332 – 1406) ci-dessus, réflexions philosophiques, sociétales et historiques qui sonnent toujours juste aujourd’hui.

 

 

Je dois bien avouer, au passage, que l’histoire d’amour avec Delia prend de l’ampleur. Omar Youssef Souleymane écrit de merveilleux mots d’amour. C’est magnifique ! Que c’est beau l’amour décrit ainsi ! La sensualité et l’érotisme de ces lignes permettent d’oublier un moment la tension qui monte.

 

 

J’ai lu aussi avec intérêt de très intéressantes comparaisons sur les attitudes vis-à-vis de la mort. Au Proche-Orient et en France, cela se passe différemment et c’est bien décrit.

 

 

Enfin, il faut dire que L’Arabe qui sourit tourne vraiment au thriller avec un danger présent à chaque instant. Le trafic de drogue, ce captagon, médicament détourné de son but initial, fait des ravages en Syrie sous le régime de Bachar al-Assad et de très pertinentes discussions permettent de faire le point.

 

 

Salim est un exilé. L’Arabe qui sourit permet de comprendre un peu plus tout le déchirement que cela représente lorsque celui-ci tente de revenir dans son pays d’origine et se retrouve au contact de la corruption, du trafic et de la mort qui rôde. Heureusement, il y a les parfums…

 

 

Enfin, ce roman d’Omar Youssef Souleymane se termine avec des réflexions essentielles dans des pages impressionnantes de justesse face à la propagande des dictateurs qui endoctrinent les enfants dès leur plus jeune âge.

 

 

La conclusion de ce livre est magnifique, d’une force incroyable, une lecture que j’ai vraiment appréciée.

Jean-Paul

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M
Merci pour cette belle chronique enthousiaste qui donne envie de noter ce titre pour le lire...un titre qui fait écho forcément à une actualité plus que noire.
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