Patrick Lowie : Le Singe de la mer
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Le singe de la mer par Patrick Lowie.
Edern Éditions (2025) 156 pages.
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Dès le début du roman, le décor est planté et nous voilà aux côtés de Abdelghaffar au cœur de Casablanca, dans le quartier Bourgone, dans son café habituel : « un bouiboui puant fréquenté par les oisifs du coin », son QG, où il a l’impression d’être le caïd du coin. Tous les jours il y rejoint ses amis, tous des footeux.
Car le football n’est pas que du football, c’est surtout une manière de vivre ensemble et d’avoir une nouvelle famille. Dès son arrivée à Casablanca, il avait choisi de supporter les rouges du Wydad Athletic Club ou Wac.
Il n’était pas resté longtemps à l’école, ne croyant pas à l’ascenseur social. Il a quitté sa famille à l’âge de quatorze ans et est parti tenter sa chance à Casablanca pour essayer de se créer une vie différente. Après quelques petits boulots, il s’est comme de nombreux autres jeunes, plongé dans le monde interlope de la ville, gagnant ainsi assez d’argent pour vivre, vente d’alcool après vingt heures, la cocaïne et l’ecstasy.
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Il est hébergé chez son cousin Jamal qui lui offre un lit et de la nourriture et ne s’intéresse pas au football.
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Mais son objectif est de quitter le pays, affirmant d’ailleurs à son cousin « nous sommes tous des harragas (fait de traverser la frontière illégalement) en puissance ».
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L’occasion se présente avec Fouad, un de ses clients, cocaïnomane, qui lui parle de son projet du Brésil. Et le jour de ses vingt ans, Abdelghaffar avec l’argent de ses économies, achète un aller-retour pour le Brésil et trois semaines plus tard, il est dans l’avion.
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Après bien des aventures, avoir fréquenté le gotha brésilien, s’étant même rendu en Alsace, Abdelghaffar, lassé, rentre au Maroc.
La moitié du roman est donc consacrée aux aventures d’Abdelghaffar, et constituent l’Acte I.
Trois autres parties, les Actes 2, 3 et 4 seront dédiés à Anas, livreur Glovo, pote de Abdelghaffar avec qui il partage beaucoup d’infos et qui vit avec sa mère et sa sœur, rêve de voyage sur un Tmax avec l’amour de sa vie, avec Hassan, parieur invétéré, malade, seul supporter du Raja Club Athletic, mais admis chez les rouges du Wac, comme Anas l’est normalement, chez les Green Boys du Raja car tous connaissent l’amitié indéfectible entre Anas et Hassan, l’amitié de leurs deux mères. Nous faisons connaissance également avec Khalid et Hanane. Khalid, supporter du Raja, toujours le nez dans des livres qui le plongent dans d’autres mondes, aide son père à l’épicerie. Il n’est pas toujours facile de sortir de son cercle familial. Il est très amoureux d’une jeune fille du quartier Hanane, supportrice du Wydad quant à elle. Peu soucieuse des codes féminins traditionnels, elle espère reprendre le garage de son père.
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Le singe de la mer de Patrick Lowie nous fait découvrir le Maroc contemporain et une jeunesse sans illusions qui n’a pour horizon que des écrans et une télévision locale qui déverse en continu une propagande touristique et économique pour séduire le monde sans jamais se pencher sur les salaires ou les conditions de travail.
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Dans ces quartiers populaires, petits boulots, paris, prostitution, vente de stupéfiants, d’alcool après vingt heures, tous se débrouillent, rêvant de réussite sociale. Ils cherchent surtout une place dans une société qui les ignore.
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Une jeunesse qui a fait du football sa religion, s’arrangeant pour contourner avec adresse les principes de l’Islam, une jeunesse désenchantée qui cherche désespérément à échapper à son sort.
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Ces jeunes rêvent de quitter le pays, de devenir footballeurs professionnels ou de trouver l’amour ou parfois, dans une quête plus profonde, plus mystique, se prennent à croire à la magie noire et n’hésitent pas alors à faire appel à ce fameux Singe de la mer, cette créature légendaire, pour résoudre leurs maux, cette entité mystérieuse mi-singe, mi-créature marine censée posséder le pouvoir de purger les corps et les esprits des maléfices.
Plus qu’un roman choral, il est un vrai récit social. Par le biais de cette fiction réaliste, cette narration collective, Patrick Lowie (photo ci-dessous) nous permet de comprendre en profondeur les idées, les valeurs et les croyances de cette société, les problèmes qui en découlent et leurs effets sur les personnes.
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De portée universelle, il nous fait réfléchir à la condition humaine, à la quête de sens et d’identité.
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Une écriture créative, cinématographique, des phrases courtes, nerveuses, une succession de phrases nominales, mais aussi des phrases longues ne permettant pas de respirer apportent à la fois beaucoup de rythme et aussi de tension à ce roman très réaliste et néanmoins imprégné de poésie.
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La couverture magnifique, un Tmax filant sur le boulevard Zerktouni sur lequel est peint ce lapin magique du street artiste Werc Alavarez (photo ci-dessus) résume à elle seule l’idée principale du roman, ce désir de découvrir la vérité et de sortir des illusions.
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Merci aux éditions Asmodée Edern.
Ghislaine
