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Pierre Lemaitre : Les belles promesses

Les belles promesses   par  Pierre Lemaitre.

Calmann-Levy (2026) 512 pages.

 

 

 

Après Le Grand Monde, Le silence et la colère et Un avenir radieux, Les Belles Promesses est le quatrième et dernier volet de cette superbe fresque de Pierre Lemaitre : Les années  Glorieuses.

 

 

Ce dernier épisode de la passionnante saga consacrée à la famille Pelletier se déroule au milieu des années 1960.

 

 

À Paris, François, journaliste, devenu romancier, bien que s’apprêtant à recevoir un prix littéraire pour son troisième roman, présente un visage inquiet depuis quelques jours, un doute s’est insinué dans son esprit concernant son frère aîné Jean sur des meurtres non élucidés.

 

Au même moment, celui-ci, Jean, entendant le hurlement d’une femme, entre dans un immeuble en feu et, s’il ne parvient pas à sauver la jeune femme, il sauve son bébé de trois mois.

 

 

Celui que tout le monde appelle Bouboule, que son épouse abjecte Geneviève, mène au doigt et à l’œil, devient ainsi le héros du tragique incendie de la rue Caulaincourt, alors qu’il n’était entré que pour en finir de cette vie qui s’apparentait à un fiasco et rien d’autre.

 

Septembre 1963 commence donc sur les chapeaux de roue pour la famille Pelletier.
En parallèle, se déroule la vie de la famille Ramos. Nous la découvrons dans les années 1950 avec la rencontre de Manuel, le fils alors âgé de douze ans, avec un sanglier…

 

 

À travers ces deux familles, Pierre Lemaitre évoque à la fois un Paris en pleine transformation, avec des travaux titanesques et un monde rural menacé.

 

 

En effet, le président de la Fédération des patrons français, Baptiste Trajan-Perrin, dirigeant éponyme de son entreprise, a proposé à Jean Pelletier, membre du conseil d’administration d’investir dans les travaux colossaux du périphérique en construction.

 

 

Quant au jeune Manuel Ramos, c’est à la guerre d’Algérie qu’il est confronté et à un épisode traumatisant dont l’enquête est close le jour où il apprend le décès de son père. Renvoyé chez lui, considéré comme soutien de famille, ce sont de nombreux problèmes qui l’attendent à la ferme, le monde agricole étant en pleine mutation.

 

 

Fresque historique, certes, mais aussi polar car tout au long du roman, François va mener l’enquête sur cette série de meurtres de jeunes femmes dont il soupçonne son frère aîné d’être l’auteur.

 

 

Polar psychologique car, pour François, cette enquête intime est un véritable dilemme moral. S’il s’avère que Jean est coupable, et le lecteur sait pertinemment qu’il l’est, que vont devenir ses enfants Colette et surtout Philippe que lui seul parvient à sauver du mépris de Geneviève. C’est l’avenir de la famille entière qui est en jeu. Une tragédie est en train de se jouer...

 

 

C’est la dimension sociale du roman qui m’a le plus intéressée, avec ces travaux pharaoniques du périphérique, véritable autoroute urbaine, symbole de toute une époque : « cette débauche d’énergie, d’argent, de technique et de sueur mise au service de l’objet emblématique de l’époque, du produit idéal du capitalisme, qu’était devenue la voiture. »

 

 

Pierre Lemaitre rend compte avec beaucoup de finesse de la corruption et du cynisme qui accompagnent ce grand chantier et n’oublie pas, en contrepoint de cet idéal de progrès, tous les laissés-pour-compte, les expropriés, les exclus de ce développement en marche, sans omettre l’exaspération des Parisiens pour qui le moindre déplacement devenait problématique tant les travaux étaient nombreux.

 

 

Si la vie de cette famille Pelletier reste passionnante, celle de la famille Ramos, le père et la mère, que la vie difficile en Espagne dans les années trente avaient contraint à venir en France comme saisonniers et qui étaient restés, l’est tout autant.

Outre l’exode rural, ces années 1960 sont les années de mise en place du remembrement, mais aussi, déjà, et c’est ce qui m’a le plus séduite, une remise en question du productivisme et de la puissance de la Fédération laitière qui « faisait le marché » et dictait ses prix.  Des tentatives de créations de coopératives et d’essais de stabulation libre sont en cours…

 

 

Tous ces personnages que l’on a appris à connaître au fil de la tétralogie, certains que l’on apprécie et prend grand plaisir à retrouver, d’autres qui sont plus difficiles à cerner et un, que l’on ne peut que haïr, cette fameuse Geneviève que l’on exècre, sont superbement analysés psychologiquement par l’auteur et pour notre plus grand plaisir.

 

 

J’ai particulièrement apprécié la relation de confiance qui s’est nouée entre Colette et Sœur Amandine, me permettant de réviser mes quelques connaissances en latin et trouvé bien restituée cette période d’adolescence que vit Philippe et que Pierre Lemaitre a su évoquer de manière assez humoristique.

 

 

Cette plongée fort mouvementée et jubilatoire dans les Trente Glorieuses se termine donc sur un effroyable dilemme moral, sera-t-il un effondrement ou une apothéose ? Tout est entre les mains, ou plutôt entre les pattes, devrais-je dire, du chat Joseph qui, bien que vieillissant est toujours là et veille encore. Sa présence sera décisive !

 

 

Sentant approcher un dénouement brutal, j’ai été un peu moins « portée » par ce dernier tome mais j’ai cependant, encore une fois, été happée du début à la fin par la maîtrise narrative absolue de Pierre Lemaitre qui loin d’idéaliser les Trente Glorieuses, a su apporter un regard critique sur le progrès .

 

Un grand merci à Ingrid pour ce beau cadeau !

Ghislaine

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M
Je n'ai pas encore commencé à lire cette tétralogie mais cela fait partie de mes projets ! Je sais par avance qu'elle va me plaire.
Répondre
G
Ce sera nul doute un régal ! les 4 à la suite, le top !
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