Raphaël Monégier : Et jamais ne reviens
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Et jamais ne reviens par Raphaël Monégier.
Buchet/Chastel (2026) 201 pages.
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Et jamais ne reviens est un premier roman signé Raphaël Monégier. Il est court et il est tentant de le lire à toute vitesse. Hélas, ce serait une erreur car l’aventure corse de Camille, Lucas et Théo mérite que l’on s’y attarde afin d’aller plus profond dans la psychologie de chacun.
Les voilà donc tous les trois, dans la Clio de la tante de Théo, en train de rouler sur une petite route de la Castagniccia, en Corse. Ils sortent tous les trois de Sciences Po Paris, sont en vacances et désirent s’imprégner de cette île qui les intrigue. Un certain sentiment de supériorité les anime. Quand ils constatent qu’une camionnette les suit et se rapproche, ce sont, pour eux, des « péquenauds ».
Détail important, la Clio est immatriculée 92, les Hauts-de-Seine. Avec cette voiture, ils veulent arriver à Cervione d’où, d’après Lucas, sa grand-mère est originaire. Dans l’après-midi, ils se sont baignés dans une vasque, près de la mer, malgré l’eau glacée. Tout irait bien quand… un pneu rend l’âme… un clou y était planté !
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Débute alors l’angoisse, une tension qui va être la marque de l’essentiel du roman. Quand il faut mettre la roue de secours, les trois Corses de la camionnette sont là, posent des questions et ne croient pas l’histoire de Lucas et de sa grand-mère. Problème, la roue de secours n’est pas terrible et lâche un peu plus loin.
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Montée de tension immédiate car le grand, Matteo son neveu et Kevin, les trois Corses de la camionnette cherchent nos trois jeunes Parisiens qui tentent de rallier le prochain village, Piedicroce, à pied. Il fait nuit, leurs téléphones sont leur seul éclairage, téléphones dont les batteries ne tiennent pas longtemps. Pas de réseau, bien sûr ! Le village se trouve à 15 ou 20 kilomètres, ils tentent donc de couper au travers du maquis et là, je vous laisse car la chasse commence…
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Raphaël Monégier maîtrise bien le suspense. Son écriture est simple, directe et il ne ménage pas les surprises et les coups de théâtre, tout cela sur fond d’insularité, de mépris pour ceux que les trois Corses nomment « étrangers ».
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Chaque scène est très bien racontée, mise en situation et je tremble pour ces jeunes qui, en quelques heures, ont vu leur vie basculer dans un incroyable et terrible scénario.
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Dans ce récit, il n’y a pas que de l’action mais aussi d’intéressants débats entre Lucas et le grand qui affirme qu’un Parisien est sûr de lui alors qu’un Corse doute. Lucas tente de sortir du cycle de la violence, il parle juste mais sans succès.
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Au passage, j’ai découvert San Petrone, le sommet de la Castagniccia (photo ci-dessus), avant que l’aube n’arrive. Cave à châtaignes, roulette russe, vengeance, vendetta, sadisme, terrible ambiance me nouent le ventre quand, soudain, bond en avant… à découvrir.
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Dans une seconde partie, Raphaël Monégier revient en arrière, quitte 2026 pour 2027 et donne même la clé pour le titre, cette chanson de Desireless, « Voyage, voyage », que Camille, Théo et Lucas chantaient à tue-tête dans la Clio : « Et jamais ne reviens »…
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Photo ci-dessus : Cervione.
C’est dans cette seconde partie que le roman devient beaucoup plus subtil, complexe et bien mené en jonglant d’une année à l’autre, même si, à un moment, je me suis demandé si cela était vraiment nécessaire.
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Photo ci-dessus : Piedicroce.
Malgré ce petit bémol, Raphaël Monégier a maîtrisé son premier roman jusqu’au bout, livrant encore une scène incroyable, remarquablement contée, distillant des révélations encore plus dures à assimiler au regard de ce qui s’est passé durant cette tragique aventure en Corse.
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J’ai eu la chance de découvrir Et jamais ne reviens grâce à Babelio et aux éditions Buchet/Chastel que je remercie.
Jean-Paul
