Yannick Ziegler : Cataractes
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Cataractes par Yannick Ziegler.
Edern Éditions (2025) 208 pages.
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Cataractes, ces chutes d’eau impressionnantes qui peuvent paraître belles mais sont aussi dangereuses, est un titre vraiment bien choisi pour ce roman captivant signé Yannick Ziegler. Après un événement terrible, ces cataractes se déversent, alors qu’il faudrait tenter d’abord d’y voir clair.
L’auteur vit et forme des enseignants à Bruxelles. C’est dans la capitale de la Belgique qu’il situe son roman, un roman qui tente d’aller au plus près du mal-être de la jeunesse, ces jeunes qui ont de plus en plus de mal à se situer par rapport aux religions, en particulier l’islam.
Au travers du vécu de plusieurs personnages, il me plonge d’emblée dans le drame, cette explosion à l’aéroport de Zaventem, explosion qui se révèle être un attentat. Or, un certain Majdi, lors d’un appel passé à son contact en Syrie n’avait pas caché son désir de faire un maximum de victimes dans le métro ou à l’aéroport. Les mots « frère » et « Allah » revenaient constamment.
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Un enseignant, Yvan Pelletier, a mené ses enfants à l’école pendant que sa femme, Stéphanie, a pris le métro pour se rendre à son travail. L’alerte qu’il reçoit sur son téléphone ne précise pas où l’explosion meurtrière a eu lieu.
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Alors que le récit avait débuté de façon assez paisible, soudain, je découvre des phrases courtes, un rythme coïncidant bien avec l’état dans lequel Yvan se trouve. Terriblement inquiet, il réussit enfin à joindre Stéphanie qui… lui reproche de l’avoir dérangée !
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Voilà ensuite Julie Van Praet qui dirige un établissement catholique, à Schaerbeek, un lycée dont le terroriste, elle l’apprend soudain, est un ancien élève : Majdi ! C’était un étudiant parfait dont tous les enseignants disaient le plus grand bien.
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Ainsi, le problème est bien posé. C’est un véritable nœud gordien. Les enseignants vont tenter de comprendre pourquoi Majdi en est arrivé là. Or, il se trouve que la sœur du terroriste, Soukaïna, est élève dans le même établissement. Toute l’intrigue, toutes les questions vont tourner autour de cette jeune fille dont le grand frère était parti faire le djihad en Syrie et en est revenu pour commettre l’irréparable. S’il s’est sacrifié, il a en même temps massacré des innocents qui avaient juste le tort d’être là au mauvais moment… selon la formule consacrée.
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D’autres enseignants qu’Yvan interviennent dans l’histoire. Il y a Jonas dont le grand-père a été déporté à Auschwitz et Sabine qui fut la prof de français de Majdi. Je rencontre aussi Sana, la meilleure amie de Soukaïna et Clément, un autre prof qui a œuvré pour que ses élèves d’origine immigrée s’intègrent, s’assimilent.
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Cataractes offre alors de très intéressants débats car Sabine a l’habitude de conserver les meilleures copies de ses élèves. Parmi celles-ci, elle retrouve la dernière dissertation de Majdi. Doit-elle la révéler ? Doit-elle la détruire ? Doit-elle la conserver pour elle ou la remettre à Soukaïna ? Les questions sont posées et j’aimerais bien connaître la teneur de ce fameux texte.
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Les professeurs qui ont eu Majdi comme élève cherchent ce qui aurait pu éviter sa radicalisation et ce qui aurait dû les alerter pour éviter d’autres drames. Au travers du vécu de Rayan, petit ami de Soukaïna, se révèle le rôle trouble de ces recruteurs qui donnent de simples conseils aux ados à la sortie de la mosquée, une petite application à télécharger… Si ces conseils sont suivis, l’engrenage infernal est lancé.
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Tout au long de Cataractes, Yannick Ziegler (photo ci-dessus) sait bien capter mon attention, soutenir la mémoire en jonglant avec les personnages pour aller au plus profond du problème : pourquoi ce jeune homme qui était un excellent élève, est devenu un meurtrier de masse ?
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L’analyse est poussée, sans concession. Ce phénomène de recrutement pour amener ces jeunes au pire a produit des résultats, hélas. Yannick Ziegler, au travers des réflexions des professeurs pousse le débat au plus loin. Il n’oublie pas Soukaïna qui, au contact de Sabine, livre une séquence profondément émouvante, intime, pleine de confiance, d’admiration et de tristesse.
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Jonas, un des professeurs, collègue de Sabine et d’Yvan, veut écrire un livre d’urgence. Il est même invité à la télévision pour parler de ces attentats qui sont des instants de vérité pour la cohésion sociale. De leur côté, Soukaïna et Rayan parlent de leurs goûts musicaux. Elle aime écouter Orelsan alors que lui adore le rap, en anglais, et traduit les paroles, violentes, parlant de l’emprise religieuse.
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Avant qu’un glossaire très instructif ne termine le livre, un coup de théâtre se produit mais je vous laisse le découvrir et je remercie Edern Éditions pour cette lecture passionnante et dérangeante.
Jean-Paul
