Ian Manook : Minjung
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Minjung par Ian Manook.
Flammarion (202) 477 pages.
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Au travers d’une fiction, d’un polar ou d’un thriller, Ian Manook sait parfaitement mettre en lumière un véritable scandale d’État. Gangnam lui-même, cet ex-flic au grand cœur, faisait partie de ces minjungs, ces parias raflés dans la rue pour assainir les villes de la Corée du Sud qui devait accueillir les Jeux Olympiques, à Séoul, en 1988.
Ces J.O., conçus pour mettre en avant le sport et les sportifs, ont généré et génèrent encore des catastrophes humaines et écologiques. Les exemples ne manquent pas mais je reviens à Minjung, le dernier roman de Ian Manook qui vient après Gangnam, titre du premier opus reprenant le nom du héros qui se nomme en réalité Lee Min-ho, homonyme de l’acteur sud-coréen le plus célèbre (photo ci-dessous), ce qui n’est pas sans poser des problèmes à Gangnam… quoique…
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Avant que ce thriller s’égrène durant onze journées palpitantes, un prologue se déroule en 1988. Après un premier paragraphe très bucolique, ça se gâte aussitôt. Hwang Yong-won, procureur à Ulsan, chasse le faisan sauvage et tombe sur un homme nu, d’une trentaine d’années, très maigre et affamé. Dans une clairière, d’autres hommes, des femmes et des enfants, nus aussi, et des gardes armés. Comme des zombies, ces minjungs sont considérés comme des racailles, des indésirables.
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La Fraternité – on n’a pas peur des mots – les regroupe dans trente-six établissements. On en dénombre 36 000 dont 4 000 à la Fraternité de Busan ! La liste des horreurs est révoltante. On parle aussi de fraude fiscale, de pots-de-vin, d’abus de biens sociaux, d’enrichissement personnel, de travail forcé.
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Le ton est donné. Le problème est posé avant que Ian Manook me fasse passer en 2005 pour retrouver le clan mafieux des Quatre Lanternes et Kimchi, leur dragon. Pour une mallette remplie de dollars, j’ai droit à une poursuite sur une autoroute. C’est hallucinant, surprenant, terrible.
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Enfin, voilà notre héros, Gangnam, ex-flic qui connaît bien la mafia de l’intérieur. Avec Ian Manook, c’est le suspense, l’action, la violence mais c’est aussi de belles descriptions et de savoureuses mises en bouche. Jusqu’au bout de son récit, l’auteur n’y manquera pas grâce à l’appétit légendaire de Gangnam.
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Plus que dans le premier livre de la trilogie, il insiste sur les attraits touristiques de la Corée du Sud, en s’en moquant parfois, mais ça donne bien envie d’aller découvrir ce pays, même si certains lieux tentent d’imiter Santorin, Venise ou le Machu Picchu, à Busan (Gamcheon).
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Dans Minjung, deux Françaises remplacent le couple Verneuil, même si c’est Madeleine Verneuil, Mado, qui a conseillé Jeanine et Julie, sa fille, afin qu’elles s’adressent à Gangnam et à Chin-sun, la jeune policière très efficace et aux tenues originales.
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Jeanine vient de Toulouse, me régale avec son accent, le même que celui de Claude Nougaro, et ses mots du terroir. Elle fait partie de ces enfants adoptés lorsqu’ils étaient bébés et elle revient en Corée du Sud pour tenter de retrouver sa famille d’origine… bon courage !
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Sa recherche va bouleverser une omerta qui arrange beaucoup de monde, jusqu’au plus haut sommet de l’État. Habilement, au travers de cas très personnels, Ian Manook fait prendre conscience des drames générés par la vente de bébés – plus de 140 000 - dans plusieurs pays d’Europe occidentale dont la France.
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Arrive enfin la révélation, le cas particulier de Gangnam que ce dernier raconte en détail, séquence très émouvante, bouleversante que l’auteur sait bien faire vivre. S’ajoute à cela l’histoire d’un personnage bien mystérieux, un comptable qui se fait appeler Won Bong ou Jung Yo-min ou Han Chi-wan ou encore Kundzu… Gangnam et Chin-sun recherchent, intriguent et… trouvent, rassurez-vous.
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Ian Manook (photo ci-dessus) fait intervenir beaucoup de personnages, certains très attachants, d’autres répugnants. Il affirme, une fois de plus, tout son talent pour mener à bien un scénario intriguant, passionnant avec, bien sûr, pas mal de victimes. Mais il sait aussi être poète faire vivre la nature, démontrer la beauté d’une partie de la Corée encore préservée des promoteurs, sans oublier le langage des fleurs.
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Minjung est un roman d’une extraordinaire humanité car Ian Manook sait se mettre en colère contre les puissants, ceux qui exploitent ces gens dans la misère et cette police corrompue qui peut réduire au silence ceux qui se révoltent. Cela n’empêche pas certains passages pleins d’humour ou franchement comiques comme lorsque les hommes du dragon, Kimchi, tentent de suivre un traceur et… quand ça paraît se calmer, tout repart.
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Tout en remerciant Flammarion pour cette nouvelle lecture addictive, il ne reste plus qu’à attendre le troisième opus de cette trilogie coréenne animée par ce Gangnam que je retrouve, dans l’épilogue, en un lieu où je ne l’attendais pas…
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Jean-Paul
