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Maybelline Skvortzoff : Tachycardie

Tachycardie   par  Maybelline Skvortzoff.

Tanibis (2026) 248 pages.

 

 

 

Après Roxane vend ses culottes, ouvrage retenu dans la sélection officielle du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême en 2023 et récompensé par le prix Artémisia Humour, Maybelline Skvortzoff revient avec un nouveau titre Tachycardie. Il s’agit d’un album choral dans lequel on suit six personnages principaux dont les vies s’entrechoquent, une étude de mœurs familiales.

 

Dans un pavillon de banlieue parisienne, Ninon vit avec ses parents Cora et Arthur. Si Cora, la mère, essaie de rallumer la flamme avec Arthur, celui-ci vit dans la nostalgie de sa jeunesse rock’n’roll.

 

Ninon n’hésite pas, elle, avec sa grande amie Eva, à faire le mur pour aller en soirée, faire la fête avec de l’alcool et des garçons et où la réputation se joue à « action ou vérité ».

 

 

Sa sœur aînée Judith, quant à elle, a quitté le nid familial mais ce n’est pas vraiment le bonheur. Elle bosse sans être vraiment motivée dans un magasin bio comme vendeuse. Le soir, en rentrant chez elle, elle a la hantise de tomber sur sa voisine dépressive, Madame Blanchard. Pour fuir tous ces tracas, c’est la défonce avec son copain Charlie, rappeur de pacotille qui croit toujours tenir un truc, en vain...

 

 

À chaque génération sa musique et ses chansons avec des paroles en accord avec ses états d’âme...

 

 

Tachycardie n’est pas une histoire linéaire et les péripéties s’enchaînent avec les petits tracas et les grosses galères du quotidien, galères de sexe, libido en berne, difficulté à écouter l’autre, le drame se mêle aux gags, ver solitaire, nude, huîtres douteuses sans parler de la vengeance du barbecue…, les trajectoires se croisent sans arrêt. Chaque personnage est en quête d’amour et de reconnaissance, possédé par ses addictions et ses désirs inavouables, chacun finement analysé, chaque tranche d’âge explorée avec justesse.

 

 

C’est cru et trivial, souvent déconcertant, mais plein de tendresse et on se laisse emporter par cette succession d’émotions allant de la compassion au trouble et au malaise, avec des personnages toujours au bord du précipice avançant sur un rythme syncopé.

 

 

Le noir et blanc tranché, sans demi-teinte, le trait nerveux et expressif, tout colle parfaitement au style trash et transgressif de l’album.

De plus, dans la manière dont Maybelline Skvortzoff dessine les personnages, tous, plus ou moins des paumés,  il y a de la bienveillance, et elle parvient à les rendre attachants.

 

 

Cette bande dessinée mêlant humour noir, situations grotesques et portraits de personnages en quête de tendresse m’a cependant un peu déroutée au premier abord notamment par l’entrecroisement des différentes vies décrites. Mais, bien vite, je me suis laissée prendre par ces sauts intempestifs du grotesque et hilare au tragique et j’ai pris plaisir à suivre ces personnages tous plus ou moins paumés et apprécié cette description du réel dans toute sa trivialité.

 

 

Tachycardie est un titre qui colle bien à cette chronique familiale grinçante, tant le cœur est soumis à des palpitations, tout au long de la lecture, avec un rythme qui va en s’accélérant.

 

 

La couverture est par ailleurs à elle seule très convaincante avec ce cœur central d’où partent veines et artères et sur lesquelles sont posées les médaillons des personnages principaux.

 

 

Si vous voulez sortir de votre zone de confort, alors, Tachycardie de Maybelline Skvortzoff, cet album sur des gens ordinaires avec leurs failles, est fait pour vous.

 

Je remercie le Pop Women Festivalles éditions Tanibis et Maybelline Skvortzoff pour m’avoir fait découvrir un roman graphique au ton vraiment unique, accompagné de plus, de cinq photos des personnages ! 

 

Ghislaine

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