Philippe Broussard : Le Photographe inconnu de l'Occupation
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Le Photographe inconnu de l’Occupation par Philippe Broussard.
Seuil (2025) 299 pages.
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Le photographe inconnu de l’Occupation de Philippe Broussard est un récit d’enquête journalistique, un véritable thriller documentaire, une enquête historique palpitante et émouvante, auquel sont incorporées cent photos inédites.
C’est en août 2020, sur une brocante gardoise, à Barjac précisément, que Stéphanie Colaux et Stéphane Jaegle passionnés de photos anciennes, en flânant devant un des stands, repèrent un album, l’ouvrent et découvrent alors un trésor.
Cet album contient en effet, pas moins de trois cent soixante-dix-sept photos prises clandestinement à Paris et en banlieue au début de l’Occupation, entre 1940 et 1942, des clichés rares à une époque où il est interdit de prendre des photos en extérieur.
Très intéressants ces clichés, car ils ne proviennent pas de la propagande allemande. D’un tout autre registre, ils documentent au jour le jour, de façon beaucoup plus réaliste, un moment d’Histoire.
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La plupart sont numérotés, datés, localisés, et souvent accompagnés de commentaires, des phrases courtes, percutantes, pleines d’ironie.
Des images et des mots qui sont comme de véritables défis aux forces d’occupation.
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À l’intérieur est glissée une fiche, sorte d’introduction de l’album dont l’écriture diffère des commentaires portés sur les photos et qui présente en quelques lignes la collection, en indiquant que les photos ont été prises par « un promeneur parisien ».
Qui a écrit ces lignes, a composé cet album, et qui est ce « promeneur parisien », auteur de toutes ces photographies ?
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C’est à Philippe Broussard (photo ci-dessus), directeur adjoint de la rédaction du Monde et responsable des grands reporters que Stéphanie Colaux et son associé, connaissant son goût pour les investigations au long cours et avec qui ils ont déjà travaillé, font appel pour essayer de résoudre l’énigme.
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Ce sera donc à la rentrée 2020 que va démarrer l’enquête, une enquête qui va durer plus de quatre ans. Patiemment, très patiemment, scrutant le moindre indice, se lançant sur des pistes incertaines, allant d’espoirs en déconvenues, avec aussi des hasards quasi miraculeux et grâce à un minutieux travail d’archives, de l’identification du « commandant Leduc » et de son père Paul, de la rencontre avec Jacqueline ben David, aux balades à Courbevoie, Philippe Broussard parvient à avoir un nom !
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Le succès qu’il rencontre alors avec la publication d’une série d’articles à l’été 2024, loin de marquer la fin de l’histoire, l’invite, au contraire à persévérer et à relancer son enquête pour reconstituer le parcours de ce héros anonyme, Raoul Minot.
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L’ouvrage est donc composé de trois parties. La première, L’album retrouvé, évoque à la fois la découverte de ce livre-photos et l’enquête conduite pour retrouver l’identité du photographe. La deuxième, L’album de Barjac, dévoile une centaine de photos et la dernière, Raoul et les siens, permet de découvrir non seulement les grandes lignes de l’histoire de ce héros employé du grand magasin Le Printemps, mais également de reconstituer une vie, ou plutôt des vies …
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J’ai été conquise dès les premières pages de cet ouvrage tant la construction de celui-ci est palpitante. J’ai suivi avec une curiosité grandissante cette incroyable et fascinante enquête, réelle, admirant la patience, la persévérance et la perspicacité de l’auteur pour la mener à bien et me suis interrogée bien souvent, pensant que cette quête resterait sans solution.
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Ce qui est formidable, c’est que le cheminement de l’enquête se révèle tout aussi intéressant que son issue.
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Ce livre est également une belle et grande leçon d’histoire sur cette période bien précise de l’Occupation et nous apprend beaucoup sur ces gens qui osaient défier les nazis ; Raoul Minot n’était pas le seul, d’autres employés du Printemps où il travaillait, résistaient également, à leur manière, comme par exemple Edmond Rachinel, le directeur du personnel ou Germaine Gerschel, créatrice du labo photo du magasin et à l’inverse, d’autres employés n’ont pas hésité à collaborer avec les Allemands, à l’image de la France, en quelque sorte.
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En effet, si Raoul Minot (photo ci-dessous) peut être qualifié de citoyen lambda entré à sa manière en Résistance, d’autres, par contre, sont entrés en délation et ont balancé sans scrupule, Raoul, et Germaine, qui était Juive.
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Absolument passionnant, ce livre est un véritable OLNI, cumulant enquête journalistique, récit historique et album photo équivalent à une grande leçon de liberté.
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Pourtant subsistent encore quelques zones d’ombre… Seront-elles levées un jour ? Cela reste possible...
Un immense merci à Simon !
Ghislaine
