Stéphane Jordans : Si tout le monde est coupable, alors personne ne l'est
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Si tout le monde est coupable, alors personne ne l’est
par Stéphane Jordans.
Bookelis (2022) 441 pages.
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Si tout le monde est coupable, alors personne ne l’est est un thriller captivant de bout en bout. La construction narrative de cette fiction inspirée de faits réels, découpée en quatre parties, chacune composée de petits chapitres de quelques pages, est vraiment efficace, elle parvient à maintenir le suspense jusqu’à la dernière ligne.
Après un prologue sanglant se déroulant à Palerme en 1980, et qui, à un moment de l’histoire se révélera très important, ce sont deux affaires qui sont portées à notre connaissance, deux disparitions.
L’une, en 1990, celle d’une fillette de trois ans, Cindy, et l’autre dix-neuf ans plus tard, celle d’une jeune femme, stagiaire dans un cirque, Dana.
Bien que se passant à des époques différentes, certains indices finissent par laisser penser que les deux affaires pourraient bel et bien être liées.
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Les soupçons convergent en effet vers une secte et son leader que tout le monde appelle Father. Mais qui se cache derrière ce gourou au passé pour le moins trouble, dont les affaires sont florissantes, qui a su porter la bonne parole en France, en Allemagne, en Suisse et même au Canada, alors que le Maître s’était contenté de développer la congrégation aux États-Unis, principalement à New York.
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C’est le commandant Di Venice qui mène l’enquête et qui va se retrouver lui-même confronté à son passé.
Si, parfois l’alternance des chapitres sur différentes temporalités peut légèrement perturber la lecture, elle devient bien vite, au contraire, un grand plaisir car ce va et vient entre les deux cas renforce le suspense.
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Au cœur de ce thriller, le cirque : le cirque tel qu’on l’aime, celui que dirige une même famille, de génération en génération, avec sa magie, ses paillettes, ses acrobaties, et son maître de la piste, le chef d’orchestre des numéros, Monsieur Loyal, sans oublier tout le travail et les entraînements en amont, pour offrir un spectacle de rêve et faire briller des étoiles dans les yeux du public, mais aussi sa gestion parfois difficile à maîtriser.
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Un des protagonistes, venu pour questionner le présentateur et bien que nerveux et déterminé, se laissera d’ailleurs captiver par la magie de la représentation.
Mais autour de ce cirque, aux allures angéliques, rôdent des acteurs peut-être pas si bienveillants…
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Une secte, la mafia sicilienne, mais aussi quête d’identité, des rebondissements incessants, des personnages pas toujours aussi nets qu’on le penserait, rendent ce thriller terriblement addictif.
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Particulièrement bien documenté, aussi bien sur les sectes que sur la mafia, les deux se rejoignant parfois en attirant dans leurs filets les gouvernements et les institutions, ce roman noir s’avère, outre l’attente angoissée dans laquelle il met son lecteur, fort enrichissant. Il remet en mémoire le fameux Maxi-procès qui s’est tenu à Palerme et dont le verdict en décembre 1987 a été un terrible revers pour la mafia. Procès qui a été un tournant dans la lutte contre la Mafia Italienne, notamment en Sicile.
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Photo ci-dessus : le juge Falcone.
Si tout le monde est coupable, alors personne ne l’est est également un puissant thriller psychologique tant par son étude très fine des sectes et leur comportement savamment étudié pour mettre en confiance et rassurer des êtres en détresse, mais aussi en mettant en scène des personnages pour la plupart attachants, plus complexes qu’en apparence et parfois surprenants et que Stéphane Jordans développe à merveille.
Je laisse le mot de la fin à Suzanne, la maman de Cindy, titre du livre et qui le résume fort bien : « Tutti colpevoli, nessuno colpevole. »
Merci à Stéphane Jordans pour cette lecture très agréable, intrigante et au dénouement pour le moins surprenant !
Ghislaine
