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Jean-François Laville : Le Mystère Conty

Le Mystère Conty   par Jean-François Laville.

Sur la piste des années 1970.

Le Lys bleu / Révélations (2026) 219 pages.

 

 

 

 

Le Mystère Conty, quatrième livre de Jean-François Laville, et premier de la collection « Révélations », est une enquête journalistique approfondie et passionnante sur l’un des plus grands mystères judiciaires français.

 

 

Près de 50 ans après le triple meurtre dont il est à l’origine, Pierre Conty n’est en effet jamais réapparu. Il est l’un des derniers condamnés à mort par contumace et, vingt ans après cette condamnation, le 22 mai 2000, son crime a été prescrit. Il n’a jamais été retrouvé et il détient ainsi le titre de la plus longue cavale en France.

 

 

 

Pierre Conty (photo ci-dessous) ayant décidé deux complices à attaquer une banque, le 24 août 1977  Conty et Stéphane Viaux-Peccate braquent la petite agence du Crédit Agricole de Villefort en LozèreJean-Michel Mouillot les attend au volant d’une DS volée un peu plus tôt. Le butin sera maigre, environ 50 000 francs.

 

 

Tout va ensuite dégénérer quand le trio prend la fuite et se retrouve face à une estafette de la gendarmerie, en patrouille de routine, à bord de laquelle se trouvent Henri Klinz et Dany Luczak. Les fugitifs ouvrent le feu et le jeune gendarme Dany Luczak s’effondre, le ventre transpercé de balles tandis que Henri Klinz parvient à s’enfuir en se jetant dans le vide et en dévalant un ravin.

 

 

C’est le résultat d’une rencontre fortuite sur un chemin d’Ardèche entre deux gendarmes en tournée et deux braqueurs de retour de hold-up qui pensaient être poursuivis.

 

 

Quelques dizaines de kilomètres plus loin, sur une route étroite, après avoir percuté la voiture du fils Malosse, et voulant s’emparer de celle de son père qui se trouvait juste derrière, ce sont le père et son fils, Cyprien et Roland Malosse, deux enfants du pays, qui sont abattus d’une balle dans la tête. Trois hommes vont ainsi payer de leur vie la malchance d’avoir croisé sur ces routes sinueuses ceux que l’on nommera « les tueurs fous de l’Ardèche ».

 

 

À chaque fois, c’est Pierre Conty qui a tiré sans trembler, Pierre Conty, né en 1946, le fondateur de la première communauté néo-rurale post-soixante-huitarde en Ardèche, au hameau abandonné de Rochebesse (photo ci-dessus), le « Che de l’Ardèche » avant son coup.

On ne le reverra plus. Aujourd’hui encore, son destin reste inconnu.

 

 

Pour comprendre cette histoire sur fond de rivalités puis de compagnonnage entre natifs et néoruraux, Jean-François Laville a décidé de se rendre sur place pour tenter de savoir ce qu’est devenu Conty, et pour cela d’explorer l’époque, celle des communautés, celle des débats, sur la peine de mort, sur le rapport au travail, sur le retour à la terre. « Parler de Conty c’est parler de cette génération soixante-huitarde prescriptrice de notre société aujourd’hui ».

 

 

Jean-François Laville (photo ci-dessous) confronte documents et témoignages pour reconstituer les faits et tracer la cavale de celui qui fut un chef charismatique et violent, « le disparu d’une époque disparue », devenu insaisissable, et remettre en lumière les victimes que l’on n’entend jamais, les survivants, après ce triple meurtre.

 

 

L’auteur, grâce à son enquête, nous entraîne sur la piste des années 1970 et interroge cette époque des communautés néorurales, les communautés hippies, les « zippies » comme disaient les Ardéchois, et des utopies d’une jeunesse en quête de sens. Il nous livre une photographie des années 1970 où la politique est un sport de combat parfois violent, fort bien documentée par ses rencontres sur le terrain, et très enrichissante.

 

Photo ci-dessus :  Chanéac (Ardèche).

 

Il interroge ainsi autant une génération qu’un mystère judiciaire.

Pour ce qu’il est advenu de Conty, Laville évoque plusieurs pistes, plusieurs hypothèses, fuite vers l’étranger, vie sous une nouvelle identité en France ou encore mort en cavale et parmi elles se trouve la vérité, à la fin du livre…

 

 

Vivant en Ardèche depuis plus de soixante-dix ans, je me rappelle fort bien de cette triste épopée sanglante et si j’avais oublié le nom de ses deux complices, le nom de Conty ne s’est jamais effacé de ma mémoire, et je me suis toujours, comme beaucoup d’autres, posé la question de savoir ce qu’il était devenu et comment il était possible d’échapper ainsi pendant bientôt cinquante ans, à la justice.

 

Photo ci-dessus :  Jean Saussac et Jean Ferrat.

 

Par son enquête journalistique minutieuse et très humaine, Jean-Philippe Laville m’a permis entre autre de faire plus ample connaissance avec cet homme qui ne veut pas rester à travailler en usine à Grenoble, comme son père, et qui pour fuir cette destinée d’esclavage moderne, pense que son salut doit passer par la campagne. Ce gars pour qui la chanson La Montagne de Jean Ferrat, chanson hommage à la montagne ardéchoise et complainte sur la désertification des campagnes, est devenue un hymne, n’hésite pas avec sa femme Véronique à venir frapper à la porte du « grand Jean » à Antraigues pour s’installer en Ardèche. Sous la protection du maire Jean Saussac, il y devient employé communal. La naissance de la communauté de Rochebesse adviendra ensuite, à la suite d’une rencontre avec le maire de Chanéac, qui, animé de bonnes intentions, lui propose de rejoindre l’un de ces hameaux où se trouvent des maisons abandonnées où il pourra se loger, avec des terres en friche à cultiver, et, la tranquillité. C’est ainsi qu’il fonde avec d’autres marginaux et militants une communauté dont l’objectif est autosuffisance, rejet de la société de consommation, vie collective. Il devient l’emblème d’une époque.

 

 

Si l’attaque de la banque semble liée à un besoin de financement pour la communauté, c’est aussi,  certainement une radicalisation et une connivence avec plusieurs groupes terroristes d’extrême gauche, notamment Action directe qui ont transformé cette utopie en drame.

 

 

La grande humanité et la délicatesse que déploie l’auteur vis à vis des survivants que sont le gendarme Klintz, la famille Malosse et la famille Luczak, mais aussi les victimes du « second degré » comme il les appelle, à savoir la famille de Conty, dont certains membres sont restés et subissent encore les regards en biais et les quolibets suspicieux, m’ont particulièrement touchée.

 

Photo ci-dessus :  Dany Luczak.

 

Comment ne pas être profondément émue quand, en prenant congé lors d’une visite à la famille Luczak, l’auteur les remercie de leur accueil, Lucie, la mère plonge ses yeux dans les siens, en disant : « C’est nous qui vous disons merci. Nous, on est en train de tomber dans l’oubli. De mourir en silence ».

 

 

Bien que le temps ait passé, mettre la lumière sur ces gens sur qui s’est abattu le silence, après la tragédie, s’avérait nécessaire et Jean-Philippe Laville l’a fort bien compris et il l’a fait de fort belle manière dans ce récit.

 

 

Je remercie infiniment les éditions Le Lys bleu qui m’ont offert une replongée dans le dernier tiers du siècle dernier avec cette enquête qui m’a servi à comprendre l’homme et le système qui lui a permis de disparaître aussi longtemps.

Ghislaine

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