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Momo Yamaguchi : Crush

Crush    par   Momo Yamaguchi.

Traduit de l’anglais par Mathilde Janin.

Titre original : hello, limerence.

Actes Sud (2026) 331 pages.

 

 

 

Premier roman de Momo Yamaguchi, Crush, est le journal de bord drôle, cru et moderne de Mikaune jeune femme japonaise, physiquement assez ordinaire et dépourvue de sex-appeal selon ses dires. « Presque un quart de siècle et vierge », elle travaille au moins huit heures par jour, le plus souvent douze, comme secrétaire informaticienne pour une multinationale, dans un bureau vitré en périphérie de Tokyo. Chacune de ses journées ressemble à la précédente où « hier est aujourd’hui et aujourd’hui est demain, mais demain est aussi hier ».

 

 

Elle se retrouve prise entre une carrière banale et une vie sentimentale au point mort, une vie rythmée par « métro, boulot, sexto ».

 

 

 

Elle n’a jamais touché aucun homme, ses contacts avec ceux-ci se résument aux corps collés contre elle dans les rames bondées aux heures de pointe, contacts qui ne la dérangent pas. Pour palier à cette vie sans amour, elle se réfugie dans les fantasmes.

 

 

De rares amies, des « Meufs Canons » qui l’utilisent plutôt comme faire-valoir, lui permettent de passer quelques moments agréables et c’est lors d’une fête d’été, sur la plage, que Tai (Tyler), un trentenaire, expat américain, s’intéresse à elle. Pour Mika : crush instantané. S’en suit fantasmes, projections et attentes. Mais, s’il l’invite chez lui, elle ne sera qu’à moitié déflorée et de plus Tai lui avoue qu’il ne veut pas d’une relation sérieuse en ce moment et qu’il veut bien continuer à la voir, sans pression…

 

 

Le roman suit cette quête obsessionnelle d’amour et de sexe et c’est une plongée dans la relation amoureuse à l’ère numérique, par téléphone, avec les SMS, les réseaux sociaux…Une succession de messages, de nuits blanches et de rencontres décevantes.

 

 

Écrit à la première personne comme un journal intime, de manière drôle et caustique, en forme d’introspection, Crush témoigne de la solitude sentimentale dont souffre cette jeune tokyoïte. Le décalage entre l’hyper-connexion et la solitude réelle est fort bien rendu.

 

 

Momo Yamaguchi (photo ci-dessus) n’épargne pas la société japonaise en soulignant la présence encore très forte du patriarcat. Elle décrit également fort bien le rôle qu’ont les femmes dans les entreprises et ce boulot aliénant et dévalorisant qui leur est dévolu à devoir remplir des tableaux Excel et à réserver des repas ou préparer des soirées pour les clients de la société. Leur fonction est avant tout d’être jeunes et de verser à boire à des hommes lors de dîners d’entreprise, comme de vulgaires prostituées.

 

 

Des chapitres courts et un ton cru, lucide, juste, non dénué d’humour, une liberté absolue dans les propos, expriment bien cette quête affective obsessionnelle qui pousse même, Mika, à feindre l’orgasme tant elle a besoin que Tai reste avec elle. L’autrice met l’accent également sur le fait que nombre de jeunes hommes ne connaissent rien aux femmes et fait dire à Mika : « Si seulement il savait localiser le clitoris ! ».

 

 

Les nombreux mots nippons laissés dans le texte par la traductrice Mathilde Janin, de même que les expressions de la génération Z utilisées, s’ils m’ont parfois obligée à ouvrir le dictionnaire, sont un excellent moyen pour mieux s’imprégner de l’ambiance dans laquelle se déroule le récit.

 

 

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans ce roman, c’est l’imagination débordante que déploie Mika pour retourner des situations négatives vécues et les réinventer en scènes tout à son avantage.

Néanmoins, malgré tous ces atouts, ce roman moderne de 330 pages tout de même, a fini par me lasser car il se révèle très répétitif et j’avoue avoir eu un peu de peine à le terminer.

 

 

Je remercie Babelio et les éditions Actes Sud pour m’avoir permis de découvrir Momo Yamaguchi et son écriture très personnelle.

Ghislaine

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