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Philippe Broussard : Le Photographe inconnu de l'Occupation

Le Photographe inconnu de l’Occupation   par Philippe Broussard.

Seuil (2025) 299 pages.

 

 

 

Philippe Broussard, lauréat du Prix Albert Londres en 1993, directeur adjoint de la rédaction du journal Le Monde, s’est vu confier un album de 377 photos prises à Paris entre juin 1940 et l’été 1942, dans Paris occupé par l’Allemagne nazie.

 

 

C’est Stéphanie Colaux, productrice de films documentaires, qui a fait cette trouvaille dans une brocante, à Barjac, dans le Gard. Avec Stéphane Jaegle, son compagnon, elle a réussi à acquérir cet album. L’auteur de ces photos est inconnu mais ce qui pose aussitôt question, c’est comment ces photos ont été prises et dans quelles conditions car les photos étaient interdites à ce moment-là, sans autorisation spéciale de l’Occupant.

 

 

Quand Philippe Broussard se voit confier ce trésor, il ne sait pas qu’il se lance dans une enquête qui va durer plus de quatre ans et révéler tout un monde jamais mis en évidence.

 

 

Enquêteur, Philippe Broussard (photo ci-dessous) est surtout journaliste et il publiera plusieurs articles dans son journal. Ces articles permettront d’ailleurs d’obtenir certains renseignements qui lui manquent. Enfin, tout ce travail est retracé avec talent dans un livre qu’il faut lire absolument : Le Photographe inconnu de l’Occupation.

 

 

Non seulement j’ai été captivé par la recherche appliquée de Philippe Broussard mais j’ai encore beaucoup appris sur cette période terrible pour celles et ceux qui l’ont vécue.

 

 

Enfin, ce n’est pas négligeable, l’auteur et les éditions du Seuil ont inséré dans le livre de nombreuses photos prises par cet inconnu qui travaillait au Printemps Haussmann, au centre de la capitale. Au passage, je remarque une magnifique photo du hall en 1920, sur une double page.

 

 

Détail important à signaler, l’auteur de ces « photos volées » notait scrupuleusement  le jour, l’heure et le lieu de sa prise de vue, ajoutant souvent un bref commentaire ne manquant pas de piquant. Ces commentaires sont souvent acerbes, plein d’humour et réalistes mais certains ont été grattés, enlevés mais impossible de savoir pourquoi.

 

 

Lancé dans une analyse complète des photos, Philippe Broussard les classe, élimine celles montrant des affiches de propagande et des panneaux routiers en allemand. Ensuite, une minutieuse enquête est lancée, en s’abstenant de ne rien révéler tant qu’il n’y a aucune certitude.

 

 

D’autres lots de photos apparaissent car Philippe Broussard ne néglige rien, se déplace beaucoup, sollicite tous les organismes conservant la mémoire de ces années sombres. Ses rencontres avec Daniel Leduc, Albert Hude et Jacqueline Ben David sont cruciales même si, dans un premier temps, la déception prévaut.

 

 

C’est pourtant la piste Renée Damien, ex-vendeuse  au Printemps, qui s’approche le plus du photographe  car celle-ci prétend que ces photos ont été prises par un jeune homme, un ami, en 1940-41 et que ce jeune homme, arrêté par la Gestapo a été déporté et n’est jamais revenu.

 

 

On y est enfin. Le Photographe inconnu de l’Occupation est identifié. Il se nomme Raoul Minot et, avec son épouse, Marthe, ils travaillent tous les deux au Printemps. C’est là que, grâce au Studio d’Art créé et tenu par Germaine Gerschel, qu’il peut s’approvisionner et développer ses nombreux clichés. Hélas, comme pour beaucoup de citoyens français, un « corbeau », anonyme bien sûr, dénonce Raoul Minot (photo ci-dessous) et Jules Juven, collègue de travail, qui lui a acheté un lot de ses photos.

 

 

Voilà, le drame approche car deux policiers français zélés vont concrétiser la dénonciation et ce sera le départ pour le camp de MauthausenRaoul est catalogué « prisonnier politique ». Grâce à la rigueur paperassière nazie, Philippe Broussard a retrouvé le matricule de M. Minot qui se retrouve avec tant d’autres au comble de l’horreur, au plus haut point de l’atrocité pendant que Marthe, son épouse ne sait rien.

 

 

Le Photographe inconnu de l’Occupation dont je connais maintenant le nom se poursuit jusqu’au bout d’une quête harassante pour l’auteur mais passionnante pour le lecteur car Marthe, du 15 décembre 1944 au 11 août 1950 poursuit sans cesse ses recherches avant d’accepter la mort de son mari. Double drame pour elle, leur fille, Jacqueline, meurt à l’âge de 26 ans, en 1951.

 

 

Avec un sens du détail admirable, Philippe Broussard est allé jusqu’au bout de son enquête, a écrit tout cela d’excellente façon, se rendant même à Montluçon, sur la tombe familiale où est inscrit le nom de Raoul Minot, enfin reconnu « Mort pour la France ».

 

 

Si nous ne savons pas vraiment pourquoi Raoul Minot a pris toutes ces photos, elles restent enfin, comme l’écrit l’auteur « une leçon de liberté ».

 

Photo ci-desssus : Philippe Broussard.

 

J’adresse un GRAND  MERCI à Simon pour m’avoir permis cette lecture ainsi qu’une vraie reconnaissance à Ghislaine qui m’a convaincu de lire Le Photographe inconnu de l’Occupation, formidable leçon d’Histoire et d’Humanité.

 

Raoul Minot utilisait le même type d'appareil photo : un Brownie Kodak.

Jean-Paul

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