Russell Banks : American Spirits
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American Spirits par Russell Banks.
Nouvelles traduites de l’anglais (États-Unis) par Pierre Furlan.
Actes Sud (2026) 254 pages.
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American Spirits, dernier recueil de nouvelles de Russell Banks, publié à titre posthume, comprend trois histoires terribles, trois nouvelles sombres liées par le lieu où elles se déroulent, une petite ville fictive, typique du Nord de l’état de New York, une petite bourgade qui se vide, Sam Dent, du nom de son fondateur.
La première, intitulée L’homme de nulle part, raconte l’histoire de Doug Lafleur qui, à la mort de son père, avait dû vendre la dernière grande étendue de forêt encore non exploitée dans le périmètre du bourg et qui faisait la fierté familiale. Si l’acheteur, Yuri Zingerman avait dans un premier temps paru honnête, assurant à Doug qu’il pourrait continuer à chasser le cerf sur ses terres, bientôt les relations se tendent quand le nouveau propriétaire installe un champ de tir à huit cents mètres de la maison de Doug et Debbie, un camp d’entraînement et de formation à l’autodéfense, et finit par lui interdire de pénétrer sur son domaine.
Si, ce que veut Zingerman, c’est former une milice bien réglementée et bien entraînée et défendre le droit, pour lui et ses miliciens, de posséder et de porter des armes, Doug peut bien le comprendre, puisque lui-même a voté pour Donald Trump pour justement protéger ces droits-là.
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Ce ne sont ni les fusils, ni les explosifs, ni même les convictions politiques que Doug prête à Zingerman qui en font son ennemi mais cette forme d’oppression et de discrimination qui lui donnent la sensation d’être petit, faible, infantile. Il considère que c’est une véritable atteinte à sa virilité.
Lorsqu’il va mettre en doute la moralité de l’acheteur de sa propriété, il devient la cible d’attaques sur les réseaux sociaux...
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École à la maison est la deuxième nouvelle.
Kenneth et Barbara Odell viennent d’acheter une des deux maisons de maître victoriennes qui surplombent le village un peu décrépit de Sam Dent, demeures entourées d’un vaste terrain.
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Leurs seuls voisins sont les résidents de la maison jumelle, un couple de lesbiennes et leurs quatre enfants noirs adoptés. Les Odell espèrent bien gagner l’amitié de ces mères et de leurs enfants et que ce sera l’occasion pour les leurs de connaître des camarades d’une autre couleur de peau.
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Mais voilà, les voisins deviennent peu à peu inquiétants, notamment quand les enfants viennent en cachette demander de l’aide…
Le couple Odell est partagé entre compassion et malaise, ne sachant pas comment procéder, s’ils doivent ou non intervenir auprès des services sociaux...
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Le recueil se termine avec une dernière nouvelle, Kidnappés, située en 2019 et dans laquelle le personnage central n’est autre qu’un descendant du fondateur de Sam Dent, Steven Dent, appelé Stevie. Ce sont ses grands-parents qui l’élèvent depuis la mort de son père, Chip, leur fils tué en Irak en 2004 par une bombe et la fugue de sa mère Amy, toxicomane. L’avenir semble enfin paisible et souriant quand soudain tout bascule. Deux individus violents enlèvent ce couple âgé, menaçant de les tuer si leur petit-fils ne répond pas à leurs exigences…
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American Spirits, ce sont trois nouvelles sombres, trois histoires de famille avec, à chaque fois, des situations qui échappent aux protagonistes, une montée en puissance exceptionnelle à mesure que la tension grimpe et une fin aussi brutale qu’horrible.
Dans American Spirits, Russell Banks brosse un portrait de l’Amérique rurale, sans porter de jugements de valeur. Il parle des électeurs de Trump, de la classe ouvrière blanche, sans jamais tomber dans la caricature. Il traite ces laissés-pour-compte de l’Upstate New York avec bienveillance, parvenant même à nous faire éprouver de l’empathie pour ces personnages frustrés, paumés, parfois mesquins et dont la casquette MAGA est souvent à portée de main.
Si l’intrigue est à chaque fois bien ficelée, il faut reconnaître cependant que l’auteur privilégie tout de même davantage l’atmosphère et surtout le malaise social à celle-ci, ce qui en fait, à mon goût l’atout principal de ce recueil.
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L’accent est mis sur la puissance des réseaux sociaux qui peuvent démolir un homme, sur le racisme, sur l’impuissance des gens ordinaires face à la misère qui arrive dans leur rue, sur le port d’armes, sur les drogues et sur la violence extérieure qui peut s’inviter dans les familles qui pensaient être à l’abri.
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Histoires qui lui ont été en partie racontées par des témoins, histoires en partie imaginées, c’est ainsi, entre mémoire et imagination que Russell Banks (photo ci-dessus) dit écrire ces histoires et ce ton presque oral donne beaucoup de crédibilité au texte.
Palpitant cet opus engagé, d’un réalisme cru mais plein d’humanité se lit d’une traite.
Ghislaine
