Emmanuel Lepage : Voyage aux îles de la Désolation BD
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Voyage aux îles de la Désolation.
BD par Emmanuel Lepage.
Futuropolis (2011) 158 pages.
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Même si cet album d’Emmanuel Lepage, Voyage aux îles de la Désolation, date de 2011, j’ai beaucoup apprécié de partir en voyage avec lui, sur ce bateau, le Marion Dufresne.
Emmanuel Lepage dessine bien, très bien même, mais il ajoute à cela de brefs textes très instructifs ou parfaitement révélateurs de l’état d’esprit du moment, révélateurs du mental des gens à bord ou rencontrés lors des escales sur ces îles lointaines.
C’est en 2010 que cet auteur-illustrateur a obtenu l’autorisation d’embarquer pour les TAAF, les Terres Australes et Antarctiques Françaises. Pour cela, un Boeing 777 d’Air France l’a déposé à l’aéroport Roland-Garros, à Saint-Denis de la Réunion.
Crozet, Amsterdam, Saint-Paul, Kerguelen étaient autrefois appelées îles de la Désolation et c’est là-bas qu’Emmanuel Lepage, passionné par les bateaux depuis l’enfance, va s’embarquer et dessiner.
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Tout de suite, je suis séduit par ce qu’il réalise. La vie à bord est la plupart du temps en noir et blanc, les portraits validés par ceux qui sont représentés, en couleurs. Dès que l’auteur rappelle une histoire, remonte le temps, il choisit l’ocre pouvant aller jusqu’au bistre.
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J’embarque donc, par le dessin, sur ce navire qui va ravitailler et assurer la relève sur ces îles du sud de l’Océan Indien. L’avantage, c’est que je voyage très loin sans le moindre mal de mer…
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L’île Tromelin – point culminant à 7 mètres d’altitude – permet à Emmanuel Lepage, un premier baptême en hélico, hélico qui sera très important par la suite. Depuis 1954, une station météo essentielle pour l’île de la Réunion, fonctionne ici avec quatre personnes.
À cause d’une grève ayant empêché de faire le plein de pétrole, c’est un faux départ car le bateau doit revenir à La Réunion pour mieux repartir cap au sud.
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Emmanuel Lepage me fait vivre à bord, détaille ses problèmes pour pouvoir dessiner tranquille et présente, petit à petit, tous ses compagnons de voyage. Il se confie aussi, révélant que ce sont les albums de Tintin qui lui ont donné envie de dessiner et pour faire de la BD son métier.
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Voilà enfin la première double page superbe avec l’approche de Crozet. Que c’est beau ! Je répèterai souvent cette expression… méritée.
Plus loin, c’est au tour des manchots de régaler mes yeux avec, en prime, de très intéressantes précisions sur la faune, ce que l’auteur ne manquera pas de faire à chaque escale.
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Il n’oublie pas les humains, en particulier ceux qui accueillent et savent qu’ils vont céder la place à la relève, toujours avec un pincement au cœur. Il n’oublie pas les problèmes d’intendance comme ces légumes qui arrivent congelés et impropres à la consommation à cause d’un frigo mal réglé.
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Les conditions atmosphériques, importantes chez nous, peuvent vite virer à la catastrophe sur ces mers et ces terres australes. En tout cas, à plusieurs reprises, elles perturbent les opérations.
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Les voilà aux Kerguelen, ces îles qui me rappellent les deux années de travail de Jean-Pierre S., un précieux ami, qui vécut là-bas, travaillant pour la météo dans les années 1970. Là, l’auteur visite au maximum, dessine beaucoup et m’en fait profiter, signalant déjà, il y a seize ans, les effets dévastateurs du réchauffement climatique. Qu’a-t-on fait depuis ?
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Il dessine cormorans, otaries, phoques, éléphants de mer, manchots royaux, manchots papous… et n’oublie pas d’exposer les problèmes causés par les espèces apportées par l’homme : lapins, rats, puces, mouches, moutons, vaches, etc… Les deux dernières qui permettaient de nourrir les résidents devaient être supprimées.
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Île Saint-Paul, île Amsterdam et retour à La Réunion, le périple se termine au bout de trente jours et toujours de magnifiques doubles pages, de véritables tableaux ! C’est sous les étoiles, surtout pas ternies par des éclairages artificiels, que s’achève ce voyage formidablement illustré et instructif. Seul bémol, je me demande ce qui a changé depuis car Voyage aux îles de la Désolation est avant tout un témoignage pendant lequel j’ai beaucoup apprécié le coup de crayon de l’artiste ainsi que les éclairages apportés sur la vie là-bas, en 2010.
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Voyages aux îles de la Désolation est un formidable album qui m’a appris beaucoup sur ces terres lointaines, rendant hommage à tous ceux et à toutes celles qui partent là-bas pour travailler, ausculter ce qui se passe bien loin de nous, en métropole. Il est certain que leurs témoignages mériteraient la plus grande attention, un peu comme l’a réalisé Emmanuel Lepage (photo ci-dessous) dans cette BD.
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Jean-Paul
