Jean-Pierre Caralp : Georges Brassens Un mythe mis en examen
-
Brassens. Un mythe en examen par Jean-Pierre Caralp.
Cap de l’Étang Éditions (2026) 276 pages.
/image%2F3417118%2F20260723%2Fob_d07623_couv-brassens-final-400x400.jpg)
Jean-Pierre Caralp est conférencier et professeur de lettres. Avec Brassens Un mythe mis en examen, il a réussi une étude approfondie de l’œuvre de celui qui est né à Sète le 22 janvier 1921. Chanteur, poète, passant de la rue à la bibliothèque, écrivant avec talent un nombre impressionnant de chansons, il a pu être moqué, vilipendé mais il est resté au plus haut de la chanson française. À tout moment, il peut être redécouvert, admiré par les plus jeunes, émus, bouleversés par des chansons toujours actuelles tellement elles touchent au plus près à la vie en société, à l’amour, au phénomène libertaire, à l’essence même de ce qui fait la beauté de la langue française.
/image%2F3417118%2F20260723%2Fob_b11daa_img-20260720-085313.jpg)
C’était le 26 mai 1970, une tournée des Tréteaux de France faisait halte à Annonay (Ardèche). Un chapiteau avait été dressé sur le Champ de Mars et, en première partie, une pièce de théâtre dont j’ai hélas oublié le nom ouvrait la soirée. Surtout, après un court entracte, Georges Brassens, accompagné à la contrebasse par son fidèle Pierre Nicolas, subjuguait un nombreux public… inoubliable !
/image%2F3417118%2F20260723%2Fob_262355_img-20260720-085340.jpg)
Tout jeune enseignant en poste au Cheylard, à un peu plus de 60 km de la plus grande ville de l’Ardèche, je n’ai pas hésité, conduit par mon ami Pierre D., à faire la route très sinueuse et cela reste un incroyable souvenir. Qu’importe le temps qu’il fallait pour rentrer, de nuit, j’ai attendu patiemment mon tour pour obtenir la double précieuse dédicace de Georges Brassens et de Pierre Nicolas. Onze 33 tours de l’artiste sont encore là même s’il m’en manque hélas…
/image%2F3417118%2F20260723%2Fob_3f27d3_img-20260720-085522.jpg)
Plus tard, à Sète, le recueillement devant la tombe de l’auteur des « Copains d’abord » décédé en 1981, était incontournable et plein d’émotion.
Ainsi, grâce à Cap de l’Étang Éditions que je remercie, je me suis plongé avec plaisir dans l’étude détaillée, technique, de l’œuvre de Georges Brassens Un mythe mis en examen, titre astucieusement choisi.
/image%2F3417118%2F20260723%2Fob_857f2c_jp-caralp-colombey.jpg)
Jean-Pierre Caralp (photo ci-contre) n’oublie rien. Après une rapide biographie, il souligne les trois mots mis en exergue par l’auteur de « Hécatombe » : tolérance, liberté et sexe. Lui, le polisson de la chanson a vu certaines de ses œuvres interdites à la diffusion ou simplement programmées aux heures où presque plus personne n’écoute la radio.
« Le Gorille », « La mauvaise réputation » secouent les piliers de la société, l’armée, le patrimoine, l’esprit cocardier, le chauvinisme, le nationalisme et cela ferait tellement du bien de les écouter à nouveau.
Lui, fils d’une mère très catholique et d’un père anticlérical, n’hésite pas à égratigner la religion. Il est libertaire mais ne s’engage pas dans la Résistance. Il doit même partir pour le STO (Service du Travail Obligatoire) en Allemagne nazie dans une usine BMW.
/image%2F3417118%2F20260723%2Fob_80b3c9_img-20260720-085327.jpg)
Très différent de Jean Ferrat, il est pourtant solidaire avec l’auteur de « Potemkine » ou de « Nuit et Brouillard ». C’est à plusieurs reprises, face à Jacques Chancel, qu’il a pu livrer le fond de sa pensée.
Georges Brassens n’oublie pas ses années de galère, l’accueil de Jeanne et Marcel, impasse Florimont, leur bienveillance, leur bonté, leur compassion. Il ne faut pas oublier Joha Heiman, surnommée affectueusement Püpchen (petite poupée), d’origine estonienne. « Je me suis fait tout petit » lui est dédiée.
/image%2F3417118%2F20260723%2Fob_82a007_img-20260711-131948.jpg)
Tout cela est très bien raconté par Jean-Pierre Caralp qui n’hésite pas à citer des paroles de chansons jamais chantées par Georges Brassens. Il décortique de façon exhaustive l’œuvre de l’auteur de « Une jolie fleur » et s’attaque patiemment à sa versification. C’est documenté, parfois complété par un tableau éloquent comme lorsqu’il recense les auteurs qu’il a mis en musique. C’est Paul Fort, avec quatre chansons qui l’emporte mais, personnellement, je préfère « Gastibelza » et « La légende de la nonne », textes signés Victor Hugo.
L’ensemble est très complet et régalera tout amateur de Georges Brassens comme toute personne voulant découvrir ce poète, ce chanteur qui nous a laissé une œuvre remarquable à écouter, réécouter sans modération !
Jean-Paul
