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Carlos Fuentes : Le bonheur des familles

Le bonheur des familles    par   Carlos Fuentes.

. Traduit de l’espagnol (Mexique) Céline Zins et Aline Schulman.

Titre original : Todas las familias felices.

Gallimard / du monde entier (2009) 452 pages ; Folio (2010) 480 pages.

 

 

 

 

Dans Le bonheur des familles, Carlos Fuentes (1928 – 2012), traduit de l’espagnol (Mexique) par Céline Zins et Aline Schulman – bravo à elles ! – a livré seize récits marqués par une violence omniprésente et protéiforme, prouvant une fois de plus son immense talent littéraire.

 

 

Cette violence donc peut être sous-jacente, sournoise, pernicieuse ou éclater tout simplement dans des rivalités politiques fratricides. « La famille armée » en est le meilleur exemple avec ce général Marcelino Miles contraint par ses supérieurs de rechercher l’un de ses deux fils, Andrés Miles, dans la sierra Guerrero. Cela se passe dans ce Mexique que l’auteur connaît bien et dont il a même été ambassadeur en France, de 1975 à 1977.

 

 

Andrés est à la tête des rebelles alors que Roberto, son frère, n’est pas du tout d’accord avec lui, préférant le statu quo à la démocratie. La tension est extrême, même si la nature, la forêt vierge, a toute sa place dans le récit. Andrés se bat pour que cesse la misère du peuple. Roberto est très satisfait de l’état des choses et ne veut pas que ça change. Je vous laisse découvrir l’issue de cette histoire qui ne fait pas vraiment Le bonheur des familles.

 

 

Entre chaque récit, Carlos Fuentes livre une sorte de poème en vers libres intitulé « Chœur… ». Ce sont des complaintes, des hurlements de douleur révélateurs des drames traversés par cette société mexicaine en grande souffrance : « mères-filles des rues », « compères rivaux », « fille menacée », « curé du rock », « parfaite épouse », « lune de miel nue », « famille assassinée », etc… sont les thèmes principaux de ces Chœurs.

 

 

Là, Carlos Fuentes (photo ci-dessous) prouve un talent fou pour libérer son cœur, pour donner aussi la parole à ceux que nous n’entendons jamais.

 

 

Si Carlos Fuentes est capable d’écrire sur la famille, il peut aussi traiter le sujet au plus haut sommet de l’État dans « La famille officielle », avec le président du Mexique Justo Mayorga. Son épouse se nomme Luz Pardo de Mayorga et ils ont un fils, Enrique, qui leur cause bien du souci…

 

 

Il y a même un curé, Benito Mazón, qui élève sa nièce, sa fille ?, Mayala, dans une petite paroisse sur le Popocatépetl, un fameux volcan.

 

 

En lisant Le bonheur des familles, j’ai donc rencontré seize cas différents, souvent désespérants. Cela pouvait se passer chez les plus riches comme chez les plus humbles. Chaque fois, cela est bien écrit. C’est prenant, donne de précieuses indications sur la vie au Mexique au siècle dernier ou au début du XXIe, ou encore plus loin dans le temps mais c’est toujours plein d’humour. Le ton est souvent sarcastique et cela peut aller du plus bouleversant au plus réaliste avec, souvent de l’amour, et ce peut être terrible aussi.

 

 

La lucidité, le pessimisme, la perversion, le cynisme sont les mots qui me viennent à l’esprit au cours de cette lecture qui, pour certains récits, auraient pu faire l’objet d’un roman complet. Au passage, l’auteur n’oublie pas le sort réservé aux Indiens et à leur histoire que l’on cantonne dans les musées. Il peut même aborder l’homosexualité de manière apaisée avec l’histoire de Guy et José Luis.

 

 

Le bonheur des familles fut donc une lecture riche en émotions et en découvertes, littérature se consacrant à  un pays au passé riche mais que des Européens ont colonisé et qui, maintenant, souffre de la menace du voisin installé plus au nord.

 

 

Carlos Fuentes n’est plus là pour nous en parler mais son œuvre littéraire laisse une trace indélébile que j’ai été heureux d’explorer dans cette somme de récits : Le bonheur des familles.

 

20, Avenue du Président Wilson, Paris (16e)

Jean-Paul

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