Fatou Diome : Aucune nuit ne sera noire
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Aucune nuit ne sera noire par Fatou Diome.
Albin Michel (2025) 328 pages.
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En écrivant Aucune nuit ne sera noire, Fatou Diome a rendu un formidable hommage à son grand-père, Saliou Ndoukou Sarr.
Elle qui fut « enfant naturel » n’a pas été élevée par sa mère qui vient de mourir en février 2001. C’est là-bas, à Niodor, au Sénégal, que Fatou Diome retrouve ses frères et sœurs mais surtout ses grands-parents, Aminata et Saliou. Tout au long de son récit, elle utilise quantité de mots et expressions de la langue sérère, si j’ai bien compris.
Ce fameux grand-père, héros du livre, elle le nomme souvent Mâma Kôrmâma ou Gabriel, ou Capitaine et cela désoriente quelque peu…
Fatou Diome vit à Strasbourg mais se sent une même personne qui existe sur deux continents. À Niodor, en mars 2001, elle retrouve tout ce qu’elle a vécu et appris avec Mâma Kôrmâma – difficile de penser à un homme - ; ce grand-père a plus de 90 ans mais est toujours solide comme un roc, vivant aux côtés d’Aminata, cette grand-mère toujours présente, solide aussi mais pas dure.
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Tous les deux, ils totalisent soixante-dix ans de mariage et une complicité de tous les instants. En écrivant toutes ces longues pages, Fatou Diome déborde de tendresse et d’amour pour ses grands-parents ; surtout pour son Capitaine qui l’appelait souvent « son matelot ».
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Avec son écriture superbe et soignée, Fatou Diome me perd un peu dans cette cascade de noms, ces surnoms et ces mots en sérère qu’elle glisse très souvent. Elle transcrit aussi les conversations avec beaucoup de talent, faisant bien prendre conscience des relations humaines en au Sénégal et dans la Gambie voisine.
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Amour filial, amitié profonde, admiration sans limite, je me dis que j’aurais aimé connaître cet homme qui a si bien su donner confiance à Fatou, jeune fille en proie aux sarcasmes, aux moqueries, aux agressions aussi.
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De plus, Aucune nuit ne sera noire me régale avec de luxurieuses descriptions, d’abondants commentaires à propos des impressions ressenties par l’autrice et à propos des habitudes locales. Quand elle fait vivre un débat, c’est aussi passionnant. Fatou Diome (photo ci-dessous) déverse toujours une flopée de sentiments, de pensées contradictoires et cela donne un récit plein d’émotions rehaussées par les mots en langue sérère.
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Il faut surtout souligner qu’elle reprend sans cesse les traumatismes subis durant son enfance, rendant hommage à ceux qui l’ont aidée, aimée, élevée : ses grands-parents. À cela, elle ajoute des confidences pleines de franchise à propos de son métier d’écrivain devant faire sa place et ce qu’elle dit à propos des autres auteurs est très juste.
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La colonisation, le mélange des peuples figure aussi dans ce qu’il est difficile d’appeler un roman, un texte – je ne dois pas l’oublier – qui fait constamment référence à la mer, à la navigation ; grâce à son Capitaine, le Matelot a su lutter contre les vents contraires et éviter de nombreux récifs.
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Malgré quelques longueurs, Aucune nuit ne sera noire est un bouleversant hommage adressé à ses grands-parents. Fatou Diome le redit souvent, grâce à eux : Aucune nuit ne sera noire !
Jean-Paul
