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Jean-Paul Delfino : L'Affranchie de Montmartre

L’Affranchie de Montmartre   par  Jean-Paul Delfino.

Istya & Cie (2024) 251 pages ; Pocket (2025 (304 pages).

 

 

 

Avec L’affranchie de Montmartre, Jean-Paul Delfino signe une superbe biographie romancée de Suzanne Valadon, de son vrai nom Marie-Clémentine Valadon née en 1865 à Bessines-sur-Gartempe près de Limoges.

 

Il redonne vie à cette femme libre qui a peint à contre-courant.

 

 

C’est sous forme de confession intime que Jean-Paul Delfino a écrit L’affranchie de Montmartre : 1938 et Suzanne Valadon, 73 ans, très affaiblie se confie à Gazi le Tatar, peintre guitariste avec qui elle vit depuis quatre ans. Le romancier et journaliste Francis Carco tout comme Odette Dumaret entrent en scène également dans ce récit rétrospectif.

 

 

Née dans une famille pauvre, elle débarque à Paris dans les bras de maman Madeleine, un an après être venue au monde. Les deux femmes échouent dans une chambre miteuse du boulevard Rochechouart, à une époque où Montmartre n’était pas encore Paris.

 

 

À onze ans, sa mère lui fait arrêter l’école pour qu’elle l’aide à faire bouillir la marmite. Blanchisseuse, lingère, employée d’un marchand des quatre saisons, la gamine travaille jusqu’à ce qu’elle réussisse à se faire embaucher dans un cirque où elle devient acrobate-écuyère : « le cirque, c’est le début de ma vie d’artiste » dira-t-elle.

 

 

Elle devient alors Olga, la princesse cosaque zaporogue, mais une mauvaise chute la contraint à abandonner le cirque. À peine remise sur pied et claudiquant encore, elle doit reprendre le turbin et c’est alors que pour survivre, elle a voulu être modèle. 15 ans, petite et bien moulée, les cheveux tirant sur le noir,  elle devient modèle pour les artistes peintres sous le prénom de Maria.

 

 

La Butte, dans les années 1880 se présente à elle comme le plus bel endroit sur terre et elle devient l’une des coqueluches de Montmartre, posant bientôt pour les plus grands : Renoir, Puvis de Chavannes, Degas, Toulouse-Lautrec, ce dernier lui donnera le nom de Suzanne.

 

 

Sa vie privée est mouvementée. En 1883, elle devient mère, très jeune, de Maurice Utrillo (tableau ci-dessus). Ce fils, elle le soutiendra toujours, malgré sa profonde addiction à l’alcool.

Elle observe, elle apprend et une curiosité la prend pour le dessin. Quand elle ose en parler à Puvis, celui-ci lui demande d’arrêter ces enfantillages, la peinture étant une affaire d’hommes. 

 

 

Mais, que ce soit au crayon, à la craie sanguine ou au fusain, quand Suzanne était de retour chez elle, elle passait de l’autre côté du miroir. Toulouse-Lautrec, lors d’une visite-surprise à son amante, en découvrant les peintures, est subjugué par son talent.

 

 

Enfin reconnue, elle devient la première femme admise à la Société nationale des Beaux-Arts. Ses peintures, nus de femmes, portraits, natures mortes, cassent les codes, elles disent le monde, non pas tel qu’il est, mais tel qu’elle le voit, elle. Elle est passée de modèle à dessinatrice, à peintre.

 

 

En intitulant son roman L’affranchie de Montmartre , Jean-Paul Delfino (photo ci-dessous) colle au plus près de la personnalité de Suzanne Valadon qui, dès qu’elle a pu, s’est effectivement affranchie de la pauvreté, du regard des hommes et des règles de l’Académie et cet ouvrage est un hommage vibrant à cette femme libre, douée, volontaire et têtue, au parcours très riche .

 

 

D’entrée, j’ai été happée par ce récit vivant et absolument réjouissant qui remet en mémoire cette femme qui avait choisi la liberté à une époque où c’était très rare et qui est reconnue aujourd’hui comme une pionnière.

 

 

Jean-Paul Delfino, avec un style fluide et accessible, retrace avec talent le destin hors-normes de Suzanne Valadon et ressuscite également avec brio Montmartre, ses ateliers, ses cabarets, la bohème, nous en faisant sentir tout le bouillonnement de vie jusqu’aux odeurs de térébenthine.

 

 

 

 

Super documenté, le contexte de la Belle Époque est fidèlement restitué sans jamais être ennuyeux. Montmartre, véritable vivier artistique,  est un personnage à part entière.

 

 

Cette lecture a été pour moi un vrai coup de cœur. Le seul bémol : j’aurais apprécié que l’auteur parle davantage des œuvres de cette femme ô combien inspirante. En contrepartie, je n’ai eu qu’une envie, retrouver ses tableaux sur Internet avant de pouvoir, j’espère, un jour prochain, visiter une exposition qui lui serait consacrée.

 

 

Ghislaine

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D
comme toi, un roman que j'ai beaucoup aimé ! <br /> Je vais régulièrement voir des expos au musée de Montmartre où l'on peut voir où elle a vécu et l'atelier de Suzanne Valdon.
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