Kinga Wyrzykovska : Princesse
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Princesse par Kinga Wyrzykowska.
Seuil (2026) 366 pages.
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Princesse, deuxième roman de Kinga Wyrzykowska après Patte blanche, une saga familiale, (Prix Françoise Sagan 2023), satire sociale assez désopilante, dystopie féministe grinçante qui passe du réalisme social au réalisme magique, est un roman inclassable.
Barbara Lis, d’origine polonaise, est cadre supérieure dans l’entreprise agro-alimentaire, Louis Ange. Et voilà que des doigts d’honneur, tout roses, sont trouvés dans des lots de jambon Premium, Plaisir Gourmet Jambon à l’étouffée. Sa PDG, une des patronnes les plus intraitables de l’industrie française, va alors confier à son bras droit la mission délicate de se rendre dans l’usine de Saint-Désert près de Chalon-sur-Saône d’où proviennent les lots concernés, pour démasquer les fautives, car selon elle « Ce sont des nanas qui ont fait le coup, je vous en fiche mon billet. »
À son retour, Barbara, cette femme brillante, sans histoires, adepte de rencontres éphémères, reçoit de sa meilleure amie, Val, pour son anniversaire, un lapin qu’elle appelle Princesse. Elle croise également la route d’un plombier polonais nommé Pawel, version polonaise de Paul, que son grand-père appelait Bébél, ce sobriquet donné à Jean-Paul Belmondo (photo ci-dessous), son acteur préféré, et c’est le coup de foudre.
Ces deux événements vont changer le cours de sa vie.
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Car Barbara ne va pas hésiter, elle plaque tout et part s’installer avec Pawel et Princesse dans le village natal de Pawel, en Pologne profonde, à Lysina.
Nous voici donc dans la deuxième partie du roman, en Pologne, avec changement de langue pour les chapitres, de un, deux, trois…, ils passent à jeden, dwa, trzy…, et changement d’ambiance.
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Dans ce petit village, les rumeurs vont bon train à l’arrivée de Barbara et de ses deux compagnons. Elle est épiée par tous. Bientôt tout le monde va scruter le ventre de la Française, la rainette comme ils l’appellent, que ce soit la belle-mère, assez intrusive, les culs-bénits, les voisins plus ou moins bienveillants et bien sûr, les commères.
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Mais seule Princesse ce lapin spécial grossit et devient au fil des pages de plus en plus humaine, côté fantastique du récit, et Barbara se replie chez elle, avec elle…
Ce roman est une critique à la fois féroce et pleine d’humour des sociétés autoritaires et patriarcales, et de notre époque.
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Dans cette dystopie féministe, Kinga Wyrzykowska (photo ci-dessous), avec son style satirique et engagé, dénonce les normes patriarcales et le contrôle exercé sur le corps des femmes.
Avec beaucoup d’humour, elle met en opposition cette Pologne profonde ultra-catholique et un Paris laxiste et dévoyé.
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Mais c’est en fait, un monde en décomposition avec la résurgence de choses dont on croyait s’être débarrassé et la remise en cause de droits qui paraissaient acquis et inaliénables que l’autrice décrit avec talent dans ce roman.
Je dois avouer que j’ai été très déroutée et un peu gênée par le côté loufoque que prend l’histoire où réalisme et absurdité se côtoient.
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J’ai découvert avec une certaine incrédulité la naprotechnologie, cette méthode de procréation naturelle promue par les milieux catholiques.
C’est un roman pour le moins surprenant, excentrique et original, une sorte de conte politique un peu fou, mais aussi un conte féministe absurde et drastique sur le corps des femmes, à l’humour caustique et cynique, au style vif et plein de subtilité, qui laisse un sentiment de malaise et d’angoisse à l’évocation de cette remise en cause de droits fondamentaux un peu partout dans le monde.
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Je ne peux que saluer la créativité de cette autrice, Kinga Wyrzykowska !
Ghislaine
