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Mariana Enriquez : Un lieu ensoleillé pour personnes sombres

Un lieu ensoleillé pour personnes sombres 

par Mariana Enriquez.

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Anne Plantagenet.

Éditions du Sous-sol (2025) 331 pages.

 

 

Âmes sensibles, s’abstenir !

 

 

J’ai beau savoir que tout ce qu’écrit Mariana Enriquez (photo ci-dessus) est surtout le fruit de son imagination, plusieurs des douze nouvelles de ce livre m’ont bien remué. La couverture du livre, reprenant un tableau de Guillermo Lorca, La Cama inglesa (tableau ci-dessus), aurait dû m’alerter…

 

 

 

Un lieu sombre pour personnes ensoleillées, titre de la sixième nouvelle, résume parfaitement l’ensemble. La plupart du temps, l’autrice m’emmène en Argentine, son pays, un peu à New York ou à Los Angeles, mais ce sont surtout les rencontres faites durant ma lecture qui me marquent.

 

 

Traduites par Anne Plantagenet, ces douze nouvelles étonnent, perturbent et, surtout, me laissent sur ma faim car j’aurais bien aimé en savoir plus, avoir des explications, obtenir une solution à tous ces événements qui viennent bouleverser la vie des personnages mis en scène par Mariana Enriquez.

 

 

De Mes morts tristes aux Yeux noirs, beaucoup de vies sont bouleversées, détruites parfois par ce paranormal qui s’invite subitement mais qui se profile très vite. Ils révèlent sûrement, à leur façon, une réalité dure et insupportable.

 

 

La plupart du temps, tout commence normalement. L’autrice me fait découvrir certains quartiers de Buenos Aires (photos ci-dessus), ne rassure pas quant à la sécurité des habitants avant que les fantômes débarquent.

 

Le fantastique s’invite parfois très vite et la folie ne tarde pas à faire sa place comme dans Les oiseaux de nuit. Quand Alex constate que son visage se modifie tout seul, sorte de paralysie faciale, on est en plein délire. Au passage, l’autrice montre comment fonctionnent les urgences dans les hôpitaux de la capitale…

 

C’est avec Julie que l’autrice m’emmène d’abord dans le Vermont, aux États-Unis. Il faut dire que la mère de Julie pratique le spiritisme chez elle et que sa fille en a subi quelques conséquences… Quand cette famille revient à Buenos Aires, Julie a 21 ans et la narratrice, sa cousine, un an de moins. Cette famille est hébergée chez elle. Je ne veux pas en dire plus mais il faut savoir que Julie a des amis invisibles et qu’elle a des relations sexuelles avec les esprits. Au final, nous nous dirigeons vers une fin bien énigmatique, de l’autre côté du Río de la Plata, en Uruguay.

 

Un lieu ensoleillé pour personnes sombres me ramène aux USA ou une certaine Elise a été retrouvée noyée dans la citerne installée sur le toit d’un immeuble. N’attendez pas une enquête policière car, tout de suite, d’étranges phénomènes se produisent…

 

 

Je reconnais que j’ai été chaque fois happé par l’histoire bien mise en place ; curieux d’aller jusqu’au bout, inquiet tout de même ; je vois le fantastique s’imposer, prendre le pouvoir. C’est dans Cimetière de frigos, nouvelle expliquant l’évolution de cet appareil ménager indispensable, que, pour une fois, j’ai eu droit à une fin presque rassurante mais, bien sûr, très énigmatique... Juste après, Un artiste local dégénère finalement alors que, pour Lautara et Ivano, malgré quelques problèmes, leur séjour dans un village privé de chemin de fer semblait pouvoir bien se passer. Un gros malaise, une tension énorme qui monte, qui monte et… y a-t-il une fin ? J’en aurais aimé une, rassurante, peut-être…

 

 

C’est grâce au Club de Critiques de la NRF (Nouvelle Revue Française), à Manosque, que j’ai entendu parler de Mariana Enriquez (photo ci-dessus) et ce livre bien présenté par Jakuta Alikavazovic. Hélas, pour la prochaine édition des Correspondances de Manosque, je ne vois pas ce passionnant Club programmé... Dommage !

 

 

Jean-Paul

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