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Tante Suzanne : BD. Robin Walter

Tante Suzanne  

Peintre orientaliste, pionnière des Beaux-Arts.   

BD par Robin Walter.

Des ronds dans l’O (2026) 227 pages.

 

 

C’est à une véritable enquête familiale que se livre Robin Walter pour récolter des informations sur son arrière-grand-tante Suzanne Drouet Réveillaud (1885-1970).

Petite-fille du célèbre sculpteur orientaliste Charles Cordier (1827-1905) et peintre orientaliste elle-même, elle présente très tôt des affinités pour la musique et le dessin.

 

Elle accède à l’école des Beaux-Arts de Paris ouverts aux femmes depuis peu, où elle se présente au concours d’entrée à 23 ans, concours qu’elle réussit brillamment et intègre quelques mois plus tard l’atelier de Ferdinand Humbert.

 

Elle voyage beaucoup car elle obtient des prix de la Société coloniale des artistes français lui offrant une bourse pour la Tunisie en 1919 où elle n’a jamais vu une telle lumière, puis pour le Maroc en 1923 où elle découvre une inspiration nouvelle.

 

C’est au Maroc, où elle séjourne régulièrement  jusqu’en 1950, à Fès, qu’elle réalise une grande partie de son œuvre.

 

 

Si elle a cette  étiquette de peintre orientaliste, c’est bien sûr pour son ancrage au Maroc mais le reste de sa carrière,  avec la réception du prix du Cameroun en 1954, après ceux de la Tunisie et du Maroc, puis un voyage en Asie en cargo, un séjour au Mexique en avion où elle reste deux mois, va amplifier son appartenance à ce mouvement artistique.

 

 

Découvrir de nouveaux paysages, de nouvelles lumières et de nouvelles cultures est pour elle un vrai bonheur et à chaque fois, elle rapporte de ces pays, de nouvelles toiles représentant des villages reculés, des portraits de femmes, des scènes de vie, des toiles qui témoignent de sa très grande maîtrise de l’usage des couleurs.

 

 

Tante Suzanne est à la fois un récit intime et historique dans lequel Robin Walter raconte sa famille sur deux siècles, depuis Charles Cordier jusqu’à lui et à travers elle, la mise en lumière des combats des femmes artistes pour l’émancipation et l’art.

C’est un bel hommage que Robin Walter (portrait ci-dessous) rend à son arrière-grand-tante, en rendant compte comment cette femme a dû se battre pour exister et lutter pour peindre librement en ce début de XXe siècle, « être aux Beaux-Arts pour une femme au début du XXe siècle, c’est braver les interdits de la bourgeoisie ».

 

 

Le courage dont ont fait preuve ces femmes pour braver les interdits restera ancré dans ma mémoire.

À travers la réhabilitation de cette femme-artiste, c’est aussi la traversée d’un siècle déchiré par les guerres et la colonisation que Robin Walter nous fait vivre de manière très réaliste. Il nous permet même une visite à l’exposition coloniale internationale qui eut lieu à Paris dans le bois de Vincennes de mai à novembre 1931 et dont le but était de promouvoir l’empire français ainsi que les autres empires coloniaux européens. La réalisation de plusieurs panneaux décoratifs et un diorama représentant une infirmière indigène avait été confiée à Tante Suzanne pour décorer le Palais du Maroc.

 

 

En menant cette enquête familiale, qui mêle souvenirs, lettres, archives, Robin Walter,(photo ci-dessous) réussit à sortir de l’oubli celle qu’il a connue enfant comme « Tante Suzanne » de manière très originale et très vivante. Je dois dire que je me suis parfois un peu perdue dans les liens entre les différents membres de la famille mais qu’à cela ne tienne, le personnage de Suzanne Drouet-Réveillaud méritait amplement cette réhabilitation.

 

 

L’album met également en évidence l’importance de la transmission culturelle : «Nous transmettons à nos enfants nos gènes, mais bien d’autres chose aussi…

De l’amour, une langue, une éducation, des habitudes, des mœurs, une culture…

Le flambeau artistique, nous le transmettons ainsi, de manière plus ou moins diffuse, s’il s’inscrit dans le domaine de notre tradition… » 

 

 

Une postface de Marion Lagrange, Maîtresse de conférence en histoire de l’art contemporain et une galerie de quelques tableaux de l’artiste (ci-dessus : Fillette à la fenêtre) parachèvent cet ouvrage fort intéressant.

 

Ghislaine

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